demeure la même : l’ouvrier demeure ouvrier et le professeur demeure professeur. // Il y a cependant un autre type de changement : un ouvrier qui se met à son compte, un petit agent d’encadrement qui devient petit commerçant, un employé devenant cadre moyen, etc. Dans ces cas, il y a changement de place (et non seulement d’emploi) dans la structure sociale. On qualifiera ce genre de changement de mobilité sociale individuelle. On a tendance à concevoir ce type de changement comme étant de deux genres : ascendant (lorsqu’on “monte” dans la structure) et descendant (lorsqu’on a une “chute” par rapport à la place qu’on occupait précédemment). » (Blankevoort, Landreville, Pires, 1981, p. 324)

Mobilités (sociales) intragénérationnelle et intergénérationnelle. « La mobilité sociale peut prendre plusieurs formes. Si l’on considère un individu au début et à la fin de sa carrière professionnelle, on parlera de mobilité intragénérationnelle ; en revanche, la mobilité dite intergénérationnelle caractérisera les relations entre la position des fils et la position des pères. » (Ferréol, 1991, 2004, article « Mobilité sociale »)

Multivictimation (en sociologie de la déviance, dans les enquêtes de victimation)

Définition. « La multivictimation est le nombre moyen de faits par victime. » (Robert et alii, 1999, p. 259, note 12)

Neutralité axiologique (Wertfreiheit ; principe de Max Weber)

Définition. « Cette expression correspond à la traduction du mot allemand Wertfreiheit. Il importe de bien différencier jugements de fait (dont la validité est universelle) et jugements de valeur (relatifs à la personnalité du chercheur). Le processus d’objectivation des connaissances ne repose pas sur des évaluations subjectives mais sur des constats empiriquement vérifiés. » (Ferréol, 1991, 2004)

Prise de position de Bourdieu par rapport à la neutralité axiologique. « J’ai dit que, contre l’orthodoxie méthodologique qui s’abrite sous l’autorité de Max Weber et de son principe de « neutralité axiologique » (Wertfreiheit), je crois profondément que le chercheur peut et doit mobiliser son expérience […] dans tous ses actes de recherche. Mais qu’il n’est en droit de le faire qu’à condition de soumettre tous ces retours du passé à un examen critique rigoureux. […] Seule une véritable socioanalyse de ce rapport, profondément obscur à lui-même, peut permettre d’accéder à cette sorte de réconciliation du chercheur avec lui-même, et avec ses propriétés sociales, que produit une anamnèse libératrice. » (Bourdieu, 2000, pp. 55-56)

Nomadismes sexués (dans le temps et dans l’espace)

Danièle Kergoat distingue deux « nomadismes sexués » liés à la précarisation et à la flexibilisation de l’emploi : « nomadisme dans le temps pour les femmes (c’est l’explosion du travail à temps partiel associé trop souvent à des plages de travail éparpillées dans la journée et dans la semaine) ; nomadisme dans l’espace pour les hommes (intérim, […] banalisation et multiplication des déplacements professionnels en Europe et dans le monde des cadres supérieurs). » (Kergoat Danièle, article « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Hirata et alii, 2000, p. 43)

Objectivation

« En sociologie, cette notion a deux sens principaux :

Objectivation sociologique : Il s’agit de la démarche scientifique, du travail de construction opéré par le chercheur.

Objectivation sociale : C’est l’extériorisation, la matérialisation et/ou l’institutionnalisation des représentations et des pratiques des individus et des groupes dans des objets extérieurs (l’écriture est par exemple une forme d’objectivation). On parle aussi de réification. Les formes sociales objectivées (par extériorisation de l’intériorité) se distinguent des formes sociales incorporées (par intériorisation de l’extériorité, les habitus). » (Colloque PB, 2003)

Objectivation participante (terme de Pierre Bourdieu)

Définition et explication. « Par objectivation participante, j’entends l’objectivation du sujet de l’objectivation, du sujet analysant, bref, du chercheur lui-même. » (Bourdieu, 2000, p. 43) « L’objectivation participante se donne pour objet d’explorer, non « l’expérience vécue » du sujet connaissant, mais les conditions sociales de possibilité (donc les effets et les limites) de cette expérience et, plus précisément, de l’acte d’objectivation. […] Ce qu’il s’agit d’observer, en effet, ce n’est pas l’anthropologue faisant l’analyse anthropologique d’un monde étranger, mais le monde social qui a fait l’anthropologue et l’anthropologie consciente ou inconsciente qu’il engage dans sa pratique anthropologique ; pas seulement son milieu d’origine, sa position et sa trajectoire dans l’espace social, son appartenance et ses adhésions sociales et religieuses, son âge, son sexe, sa nationalité, etc., mais aussi et surtout sa position particulière dans le microcosme des anthropologues. Il est en effet scientifiquement attesté que ses choix scientifiques les plus décisifs (sujet, méthode, théorie, etc.) dépendent très étroitement de la position qu’il occupe dans son univers professionnel, dans ce que j’appelle le champ anthropologique, avec ses traditions et ses particularismes nationaux, ses habitudes de pensée, ses problématiques obligées, ses croyances et ses évidences partagées, ses rituels, ses valeurs et ses consécrations, ses contraintes en matière de publication des résultats, ses censures spécifiques, et, du même coup, les biais inscrits dans la structure organisationnelle de la discipline, c’est-à-dire dans l’histoire collective de la spécialité, et tous les présupposés inconscients inhérents aux catégories (nationales) de l’entendement. » (ibid., pp. 44-45) « Appliquant au sujet connaissant les instruments d’objectivation les plus brutalement objectivistes que fournissent l’anthropologie et la sociologie, et en particulier l’analyse statistique […], elle [la réflexivité à laquelle conduit l’objectivation participante] vise, comme je l’ai déjà dit, à saisir tout ce que la pensée de l’anthropologue (ou du sociologue) peut devoir au fait qu’il est inséré dans un champ scientifique national, avec ses traditions, habitudes de pensée, problématiques, évidences partagées, etc., et au fait qu’il y occupe une position particulière (celle du nouvel entrant qui doit faire ses preuves ou celle du maître consacré, etc.), avec des « intérêts » d’un type particulier qui peuvent orienter inconsciemment ses choix scientifiques (de discipline, méthode, objet, etc.). » (ibid., p. 47)

Objectivisme

Explication. Courant de pensée qui ne s’intéresse pas à la subjectivité, à ce que disent les individus. Durkheim est objectiviste. (d’après Olivier Vaubourg, 24/02/2004)

Définition. « De formation récente (fin XIXe – début XXe s.), ce terme désigne une conception pour laquelle il y a une réalité extérieure à l’esprit et fait de la connaissance de celle-ci une valeur essentielle. [… D]ésireux de faire de la sociologie une science, Durkheim préconise de « considérer les faits sociaux comme des choses » […]. On peut rapprocher de cette conception le positivisme d’Auguste Comte. » (Akoun, Ansart, 1999, article « objectivisme », p. 369)

Objectivité

Définition. « Attitude, disposition d’esprit de celui qui “voit les choses telles qu’elles sont”, sans préjugés ni parti pris. Valorisation des idéaux de désintéressement, de mise en commun et d’universalité. Rupture avec le sens commun, les apparences, le monde du vécu… » (Ferréol, 1991, 2004, p. 136)

Observation analytique (selon Jean-Michel Chapoulie)

« […] Beaucoup moins fréquent [que l’observation diffuse], le second type d’observation, que je désigne ici par le terme d’observation analytique, correspond à un travail de repérage focalisé sur un ou des aspects particuliers des phénomènes étudiés en un temps et dans un lieu déterminés. Il suppose la définition par le chercheur de catégories d’observation spécifiquement destinées à sa recherche. L’observateur cherche ainsi à appréhender systématiquement certaines caractéristiques des phénomènes auxquels il s’intéresse et à mettre à l’épreuve le bien-fondé des interprétations qu’il construit au fur et à mesure du déroulement du travail de terrain. » (Chapoulie, 2000, p. 7)

Observation diffuse (selon Jean-Michel Chapoulie)

« L’observation diffuse est celle qui est, dans les comptes rendus de recherche, la source des descriptions de lieux, de comportements saisis de manière globale et sous les modalités de l’usuel, du typique, ou encore de la règle. Ces descriptions reposent sur les catégories du langage ordinaire – celles que partagent l’auteur et ses lecteurs. […] L’essentiel de ce qui est rapporté dans les comptes rendus reposant sur des observations diffuses est présenté comme fait avéré, susceptible d’être confirmé par n’importe quel observateur averti présent dans les lieux au moment approprié. […] Une grande partie des descriptions des anthropologues classiques (à commencer par celles de Malinowski) sont de ce type. » (Chapoulie, 2000, pp. 6-7)

Observation flottante (terme de Colette Pétonnet)

Définition. L’observation flottante est une méthode prônée par Colette Pétonnet. « Elle consiste à rester en toute circonstance vacant et disponible, à ne pas mobiliser l’attention sur un objet précis, mais à la laisser « flotter » afin que les informations la pénètrent sans filtre, sans a priori, jusqu’à ce que des points de repères, des convergences, apparaissent et que l’on parvienne alors à découvrir des règles sous-jacentes » (Pétonnet, 1982).

Exemple. Lors de son travail de recherche au cimetière parisien du Père-Lachaise, Colette Pétonnet explique comment, concrètement, elle pratique cette observation flottante : « Le chercheur prit la précaution de ne pas se munir de plan afin d’avoir à demander son chemin. [… Il] marcha longtemps […] au hasard des allées […] se laissant au charme du cimetière. » Puis elle raconte comment elle se laisse guider par ses rencontres : « Sur [les conseils du vieil homme], deux femmes remontent l’allée et nous invitent à « aller voir une artiste enterrée la veille » ; « Une dame s’est arrêtée pour demander Chopin. Une autre nous entraîne dans sa promenade » ; « Il fait beau mais le loisir de prendre des notes ne durera pas longtemps. Derrière le monument […] surgit un petit père […] “Ah ! il y a de quoi s’instruire, ici, sur tout”, dit-il. “Connaissez-vous celui qui a inventé le gaz d’éclairage ? Je vais vous y conduire.” » (Pétonnet, 1982)

Observation participante

Définition selon Bourdieu. « L’observation participante désigne, il me semble, la conduite d’un ethnologue qui s’immerge dans un univers social étranger pour y observer une activité, un rituel, une cérémonie, et, dans l’idéal, tout en y participant. » (Bourdieu, 2000, p. 43)

Les différents degrés d’observation participante selon Junker. Buford H. Junker « distingue le participant comme observateur, l’observateur participant et l’observateur complet. » (Peretz, 1995, p. 21, note 24)

Olson (paradoxe d’)

& Mancur Olson, The logic of collective action, Cambridge, Harvard University Press, 1965, tr. fr.: Logique de l’action collective, Paris, PUF, 1978

Explication (par Erik Neveu). « Le point de départ de l’analyse d’Olson repose sur un paradoxe fécond. Le sens commun suggère que, dès lors qu’un ensemble d’individus peut trouver avantage à se mobiliser et en a conscience, le déclenchement de l’action collective va de soi. Or, l’objection d’Olson consiste à démontrer qu’un groupe ayant ces caractéristiques peut parfaitement ne rien faire. C’est en effet à tort que l’on imagine qu’un groupe latent – des individus ayant des intérêts matériels communs – est une sorte d’entité douée d’une volonté collective, là où l’analyse doit aussi prendre en compte la logique des stratégies individuelles. Et si l’action collective va de soi si l’on considère le groupe comme titulaire d’une volonté unique, les rationalités individuelles l’enrayent. […] La mobilisation est rentable, d’autant plus qu’elle sera massive. Mais c’est oublier le scénario du passager clandestin (free-rider). Il existe une stratégie plus rentable encore que la mobilisation : regarder les autres se mobiliser. Le cas classique du non-gréviste qui bénéficie de la hausse de rémunération conquise par la grève sans avoir subi les retenues de salaires consécutives en témoigne. Poussée à son terme, cette logique rend aussi impossible toute mobilisation. […] // Le paradoxe semble déboucher sur une impasse. L’accent mis sur les effets des rationalités individuelles suggère l’improbabilité de l’action collective. Mais l’expérience manifeste son existence. Le modèle d’Olson s’enrichit alors de la notion d’incitation sélective. Il existe des techniques qui permettent de rapprocher les comportements individuels de ce que serait, dans l’abstrait, la rationalité d’un groupe doté d’une volonté collective. Il suffit pour cela d’abaisser les coûts de la participation à l’action ou d’augmenter ceux de la non-participation. Les incitations sélectives peuvent être des prestations et avantages accordés aux membres de l’organisation qui mobilise. L’American Medical Association offre à ses /p. 47/ adhérents médecins de la formation continue une assurance, un service juridique, une revue professionnelle appréciée qui rentabilisent la cotisation. A l’inverse, un médecin non adhérent doit recourir à des assurances privées coûteuses, risque l’ostracisme de ses collègues. Les incitations sélectives peuvent aussi prendre la forme de la contrainte. Le cas le plus clair est le système dit du closed-shop, longtemps pratiqué en France par le syndicat du livre CGT ou celui des dockers : l’embauche est conditionnée par l’adhésion à l’organisation, ce qui élimine tout passager clandestin. […] /p. 48/ // Un ensemble de travaux empiriques est venu conforter les analyses d’Olson sur le rôle de ces incitations sélectives. Gamson [1975] a pu montrer, à partir d’un vaste échantillon aux Etats-Unis, qu’une organisation qui fournit des incitations sélectives se fait reconnaître de ses interlocuteurs dans 91 % des cas et obtient des succès dans 82 % des cas, contre 36 % et 40 % pour les organisations dépourvues de cette ressource. Une étude de David Knoke [1988] sur le monde associatif de l’agglomération de Minneapolis va dans le même sens. » (Neveu, 1996, 2000, pp. 46-48)

Explication (par Jean-Daniel Reynaud). « Appelons biens collectifs ceux qui, une fois créés, sont accessibles à tous sans condition : l’air pur, une justice intègre et rapide, un réseau de téléphone qui fonctionne bien, une bonne route, le silence et la paix dans un immeuble collectif. Seront par conséquent individuels tous les biens dont l’accès est payant ou mesuré : avec un péage, la route le deviendrait, et aussi l’air pur si, pour respirer, il fallait montrer sa carte de membre d’une association d’écologistes ; l’indemnisation que verse une compagnie d’assurances est un bien individuel : il faut avoir payé la prime pour la recevoir. La plupart des associations fabriquent pour le bénéfice de leurs membres des biens collectifs. Ainsi un syndicat, s’il parvient à faire augmenter les salaires et à réduire la durée du travail : les décisions s’appliquent à tout le monde, syndiqués ou non […]. La grève, qui est un moyen d’action des salariés, si elle leur apporte des avantages, ne peut apporter que des avantages collectifs : grévistes ou non, tous les salariés toucheront l’augmentation de salaire ou la prime exceptionnelle. // Le paradoxe de Mancur Olson est le suivant : l’individu « rationnel » (dans ce cas : celui qui ne considère que ses intérêts individuels et qui cherche à maximiser ses revenus) n’a pas intérêt à s’associer à la production d’un bien collectif. La raison est simple : la production de ce bien a un coût, il demande des efforts ou des dépenses (adhérer au syndicat, c’est au moins payer sa cotisation ; c’est généralement lui donner aussi un peu de son temps. Faire grève, c’est se priver de salaire et peut-être se faire mal voir du contremaître). Puisque le bien créé est collectif, c’est-à-dire accessible sans condition, le comportement « rationnel » est de laisser les autres le créer et de ne pas payer sa quote-part ; d’encourager les autres à se syndiquer, à faire grève, à assurer les piquets de grève, mais pour soi-même, de ne pas adhérer, de ne pas payer sa cotisation, de ne pas faire grève. [… /p. 80/ …] Il s’ensuit que la production des biens collectifs sera au mieux sous-optimale ou même ne se fera pas – entendons bien : sur la base du calcul par chacun de ses intérêts individuels. Même si nous avons intérêt à agir ensemble contre la pollution ou pour un meilleur fonctionnement des tribunaux, nous ne le ferons pas par une libre association à partir de nos intérêts individuels. // Insistons-y un peu, car le paradoxe va tellement à l’encontre des évidences couramment acceptées qu’il est difficile à admettre : ce n’est pas l’individu stupide ou borné qui se conduira ainsi, c’est l’individu éclairé ; plus il réfléchira et calculera, plus il se convaincra qu’il n’a pas intérêt à payer sa cotisation. Bien entendu, il peut le faire par altruisme, par conviction morale ou parce qu’il craint l’opinion de ses camarades ; mais non pour maximiser ses revenus. » (Reynaud, 1982, pp. 79-80)

Paradigme

Explication. Le paradigme est un certain mode de fonctionnement de la discipline à une période donnée. Par exemple, à une époque, on considérait que la bonne théorie était le marxisme, que le bon outil était le questionnaire. En physique, il y a eu un changement de paradigme avec l’apparition de la théorie de la relativité. (d’après Béatrice de Gasquet, 15/11/2004)

Définition. « LOG. Modèle théorique de pensée qui oriente la recherche et la réflexion scientifiques. » (Le Petit Larousse Illustré 1998)

Exemples. p. de la naissance du capitalisme (Weber), p. de la socialisation anticipée (Merton), p. de la frustration relative (Stouffer), p. de la famille nucléaire (Parsons), p. de l’action collective (Olson), p. du capital social (Bourdieu), p. des conflits de groupe (Dahrendorf), p. de la démocratie (Tocqueville), p. de Chicago (Park et Burgess), p. des conflits de classes (Marx), p. de la logique des signes (Baudrillard). (Ferréol, 1995)

Explication du paradigme par Claude Dubar. « Dans la sociologie, on est passé d’une sorte d’hégémonie du concept de classe sociale à une montée en puissance du concept de genre. Le genre est devenu non pas une mode, mais un paradigme important dans la sociologie française. Je voudrais rappeler dans quel sens j’emploie ce terme de « paradigme ». C’est le lien entre une vision de la société (une vision du monde, une vision sociale…) et une manière de faire de la sociologie. L’auteur qui a mis à la mode ce terme de paradigme est Thomas Kuhn, l’un des plus grands philosophes et historiens des sciences. Il l’a introduit dans un livre publié aux Etats-Unis en 1962 (tout à fait passionnant pour qui s’intéresse à l’histoire des sciences) qui s’appelle La structure des révolutions scientifiques. Et il défend – un peu comme Bachelard en France mais de manière beaucoup plus rigoureuse et fondée empiriquement – l’idée que la physique (puisqu’il prend l’exemple de la physique) n’évolue pas sous la forme d’un progrès linéaire mais par révolutions successives, par changements de paradigme. C’est-à-dire que, tout d’un coup, la physique développe une autre vision de l’univers et une autre façon de faire de la science. Thomas Kuhn analyse trois paradigmes. Le premier est celui de Newton à la fin du XVIIIe siècle. Newton, c’est l’attraction universelle, c’est la gravité. C’est un monde qui est entre l’infiniment petit et l’infiniment grand : c’est le monde dans lequel on vit, le monde que l’on perçoit et que l’on peut analyser en laissant tomber une pomme d’un arbre et en mesurant la durée qu’elle met pour s’écraser par terre. C’est une vision où il y a des forces qui s’influencent dans l’univers, où chaque atome est attiré par un autre atome selon une force inversement proportionnelle au carré de la distance. Tout cela, c’est le paradigme newtonien, c’est ce qu’on appelle la physique classique. On change complètement de paradigme à partir de la fin du XIXe siècle et, surtout, de 1905, avec la relativité d’Einstein qui s’intéresse à l’infiniment grand, à l’infiniment puissant, à l’infiniment rapide (la vitesse de la lumière, l’univers en expansion…). Einstein établit une relation (absolument inimaginable dans le paradigme newtonien) entre l’énergie et la masse : l’énergie est proportionnelle à la masse multipliée par le carré de la vitesse de la lumière (E=mc²). Pour comprendre cette nouvelle physique, il faut se situer dans une autre vision du monde : celle de l’univers en expansion, des années-lumière comme mesure (et pas du kilomètre comme chez Newton). Ce paradigme d’Einstein sera, à son tour, remis en question avec les quanta. On change encore complètement de vision du monde. Avec Heisenberg, on regarde l’intérieur de l’atome (dans lequel on découvre qu’il y a plein de particules), et on s’aperçoit qu’on ne peut pas connaître à la fois la position et la vitesse de ces particules élémentaires parce que l’observateur influe sur ce qu’il observe. Et, donc, ce n’est plus le grand télescope que l’on utilise dans les expériences, mais l’accélérateur de particules. On voit donc bien, ici, que la clé de compréhension d’une théorie scientifique, c’est la relation entre l’image que les scientifiques se font du monde (l’image du social, si l’on parle de sociologie) et la manière dont ils procèdent pour produire leurs résultats. Quand on a compris cela, on a vraiment compris ce qu’est un paradigme. Pour ma part, je plaide à la fin de mon livre [à paraître] pour la coexistence (pacifique ou pas) absolument inévitable d’au moins quatre paradigmes dans la sociologie [le conflictualisme (associé à Marx), le fonctionnalisme (Bourdieu, Durkheim), l’interactionnisme (A. Strauss, J.-D. Reynaud) et l’individualisme compréhensif (M. Weber, G. H. Mead)]. On ne peut pas écrire l’histoire de la sociologie (comme de la physique) par le remplacement d’un paradigme par un autre. Il n’empêche que les paradigmes ont leurs heures de gloire sans, pour autant, disparaître par la suite. Il y a encore des gens – j’en fais partie – qui trouvent qu’il y a des choses fondamentalement importantes chez Marx et que le concept de classe sociale est absolument central pour la sociologie. Mais cela ne m’empêche pas de constater que, aujourd’hui, dans la littérature sociologique, je lis beaucoup plus de choses sur le genre que de choses sur les classes sociales. » (Dubar, 2006, citation orale mise sous une forme écrite par mes soins)

Paradoxe d’Olson Voir « Olson (paradoxe d’) »

Parsons Talcott

En bref. « Sociologue américain (Colorado Springs, 1902-Munich, 1979). Auteur d’une sociologie de l’action sociale et de ses motivations, il a tenté de considérer les rapports sociaux comme un ensemble d’informations (The Structure of the Social Action, 1937 ; The Social System, 1951 ; Structure and Progress in Modern Society, 1959). » (petit Robert 2, 1984) ; « Il définit sa sociologie comme science de l’action, y intégrant certaines thèses du fonctionnalisme (Structure sociale et personnalité, 1964). » (Petit Larousse Illustré, 1997)

Sa théorie de l’action. Parsons, après avoir lu (et traduit en anglais) à la fois Durkheim et Weber, fonde une théorie de l’action dans laquelle, contre les visions utilitaristes ou économistes de l’acteur essentiellement guidé par l’intérêt, l’action est orientée par des normes et des valeurs « internalisées ». Ainsi, l’individu est toujours piloté par des normes, mais il possède une certaine liberté, c’est-à-dire il est à même de calculer le coût de violation d’une norme. Pour Parsons, l’action se compose des éléments constitutifs suivants : l’orientation vers un but, des normes et des valeurs, des situations qui définissent les moyens et les contraintes, ainsi que l’acteur lui-même et sa volonté. (d’après Schneider, 1994, § 2.2.2)

Les rôles. Parsons voit la société comme une structure formée par l’interaction de rôles. Le monde et la société sont des scènes de théâtre. Toutefois, l’individu qui entre en scène y trouve des structures déjà très bien définies. Les positions et statuts qu’il peut prendre sont, en règle générale, déjà fixés par rapport aux nombreuses autres positions occupées par d’autres acteurs. A chaque position appartient un rôle. (d’après Schneider, 1994, § 2.2.2) ® C’est peut-être en partie en cela que Parsons est un « structuro-fonctionnaliste » [A VOIR].

Participation (dans l’entreprise)

Définition. La participation est « l’action de prendre part aux microdécisions, aux régulations productives qui assurent la gestion quotidienne du processus de fabrication » (Borzeix, Linhart, 1988, p. 46).

Anni Borzeix et Danièle Linhart proposent une distinction entre « participation couverte » et « participation ouverte ».

Participation couverte (ou masquée ou clandestine)

Définition. « La participation couverte […] est cette capacité mystérieuse que manifeste un groupe de salariés […] d’assurer en son sein de manière informelle […] et le plus souvent implicite la circulation et la gestion des informations nécessaires à l’accomplissement des activités productives. Elle met en œuvre une logique pratique » (idem, p. 48). Ces « règles du jeu » informelles « assurent la bonne marche de la fabrication et rendent la vie dans l’atelier supportable » (idem). C’est par exemple « la définition des allures et des rythmes de travail » ou « la mise au point [d’]astuces et [de] combines […] pour pallier les déficiences des machines et des matériaux » (idem).

Participation ouverte

Définition. La participation ouverte est la mise en œuvre de la participation par l’entreprise. Il s’agit pour elle de codifier l’organisation informelle des salariés, de « formaliser les savoir et savoir-faire qu’acquièrent avec l’expérience les salariés » (idem, p. 53). « [Les formules participatives] sont organisées, impulsées et suivies de l’extérieur par l’encadrement, à son initiative et sous son contrôle » (idem, p. 49). Pour les auteures, cette tentative de formalisation de l’organisation informelle entraîne une perte de pouvoir et une dépossession des salariés : « si le pouvoir des salariés réside dans les zones d’incertitude qu’ils contrôlent […], toute tentative pour faire sortir de l’ombre qui les protège les arrangements tacites qu’ils ont conclu entre eux équivaut à une perte » (idem, p. 51).

Plafond de verre

Définition. « Terme employé par les féministes américaines pour désigner l’obstacle invisible qui empêche les femmes « cadres supérieurs » d’accéder à de « vrais » postes à responsabilité. » (Kergoat, 1998, p. 322)

Pluralisme féministe Voir « Féminisme pluraliste »

Positivisme

Explication. Courant de pensée selon lequel la science aide au bon développement de la société. Il existe un positivisme naïf selon lequel la science permettrait de toujours faire le bon choix. Durkheim est positiviste. (d’après Olivier Vaubourg, 24/02/2004)

Définition. « 1. […] Au sens propre, système philosophique de Comte (1798-1857) développé dans le Cours de philosophie positive (1830-1842) ; le Discours sur l’esprit positif (1844) ; le Catéchisme positiviste (1852) ; le Système de la politique positive (1852-1854). […] Le but de la philosophie positive est […] de redéfinir les bases de l’action sociale et celui de la politique, de reconstruire la société en se fondant sur la science. Le positivisme est une philosophie de l’histoire – plus précisément un évolutionnisme social. L’histoire humaine a un sens, est intelligible ; l’avenir n’est donc pas non plus inconnaissable : les sociétés humaines évoluent, progressent, se transforment et meurent suivant des lois que précisément la philosophie positive doit établir […]. Le positivisme est aussi une religion, la religion de l’Humanité […]. Cette religion implique un culte, celui du Grand Etre, un clergé et une pratique sociale, une morale tournée vers l’amour de l’humanité et les valeurs de l’ordre, du progrès et de l’amour. »

« 2° Aujourd’hui, tendance sociologique à considérer les phénomènes sociaux comme des données objectives et à réduire l’importance des subjectivités. » (Akoun, Ansart, 1999)

Postmodernité et postmodernisme

Définitions. « Postmodernisme […] Archit. Dans le dernier quart du XXe s., tendance à laisser jouer l’invention dans le sens de la liberté formelle et de l’éclectisme, en réaction contre la rigueur du mouvement moderne. » « Postmodernité […] Période ouverte par la perte de confiance dans les valeurs de la modernité (progrès, émancipation, etc.). » (Le petit Larousse Illustré, 1997)

Explication de Michel Maffesoli. « En postmodernité, la rationalité et les techniques cessent d’être exclusives : par exemple, la médecine de pointe coexiste (au moins chez les usagers) avec l’art du guérisseur, avec les médecines douces, parallèles. On a aussi parlé d’un « retour du religieux ». […] En réalité, plutôt que rupture, la postmodernité serait la coexistence de tout, la fin des exclusions d’hier, le bricolage théorique et pratique des contraires, la « synergie de phénomènes archaïques et du développement technologique ». » (Maffesoli Michel, article « postmodernité », in Akoun, Ansart, 1999, p. 412)

Explication trouvée sur internet. « La société dans laquelle nous vivons s’est progressivement construite de nouvelles valeurs depuis 1945, en rupture radicale avec ce qu’elle tenait pour acquis avant. Depuis la fin du 18e siècle (dit des Lumières), l’Occident a tenté de supprimer le pluralisme dans lequel il vivait au travers d’une grande théorie unificatrice [qui] pourrait expliquer la véritable nature de l’homme et sa place dans le monde qu’il habite. […] Choc extrême en 1945, la science dans son apogée a construit la bombe atomique, instrument de destruction massive. D’un seul coup, l’homme n’a plus foi en son futur, se replie sur soi dans un instinct de survie et cherche avant tout a protéger son identité. Parallèlement, les progrès en mathématiques prouvent l’existence de systèmes non déterministes, qu’on ne peut mettre en équation […]. D’une ère de modernité, on passe à une ère de “postmodernité”, dans laquelle la présence du pluralisme (ie. il n’y a pas une seule “bonne” réponse à une question donnée) est indéniable. [… Le postmodernisme] revêt de multiple facettes et a quelque peu évolué en 50 ans, mais il présente des critères constant : 1. Prédominance de l’individu sur la société : les grandes théories unificatrices sont délaissées au profit de la recherche identitaire de soi. 2. Indifférence morale : ce repli sur soi se caractérise aussi par une indifférence pour les grandes causes idéologiques. Tout se vaut, tout le monde a droit d’expression, tout avis est valide. La vérité n’existe plus en tant que telle, mais est “fabriquée” par les hommes, au travers de leur perception humaine et de leur langage humain. La morale n’est plus absolue, mais individuelle. 3. Éclectisme culturel : Tout se valant, chacun pioche ce qui lui plait là où il le veut. […] Grâce à l’indifférence morale, il est possible de marier le sacré et la pop-culture, de se moquer des tabous, créer des pastiches en mélangeant les genres. 4. Globalisation temporelle et spatiale : les frontières s’effacent, on entre dans une ère de mondialisation. Les cultures se métissent. Parallèlement, on vit dans le présent, sans se soucier du futur, en copiant le passé dans sa surface. […] Si la postmodernité de notre société est communément acceptée, son apologie l’est beaucoup moins. » (http://clerc-obscur.anotherlight.com/cinefightclubpoume.htm)

Poststructuralisme (et postmodernisme)

Explication. Le poststructuralisme est un terme un peu plus large que celui de postmodernisme. Dans les années 1960, la tendance est au marxisme et au structuralisme (de Lévi-Strauss). Le poststructuralisme est une critique du structuralisme. Selon les poststructuralistes, il faut s’intéresser à l’individu. Des philosophes comme Jacques Derrida disent que la notion de sujet n’est pas une notion universelle et intemporelle, mais qu’elle est héritée des Lumières. Les postmodernes cherchent alors à déconstruire la notion du « je ». Ils critiquent les catégories car, selon eux, à l’intérieur d’une catégorie (par exemple les ouvriers), il y a une très grande diversité d’identités (hommes/femmes, jeunes/vieux, homos/hétéros…), et, en fin de compte, il n’y a que des individus uniques. Par ailleurs, les postmodernes ne croient pas à la science, à la vérité objective. Par exemple, si on est un ethnologue états-unien qui étudie le Maroc, en réalité, on ne fait quasiment que parler de soi à travers ses recherches. Pour les postmodernes, l’ethnologie, c’est plus de la littérature que de la science. (d’après Béatrice de Gasquet, 03/01/2005)

Praxéologie

Définition. « PHILOS., ÉPISTÉMOL. “Science ou théorie de l’action; connaissance des lois de l’action humaine conduisant à des conclusions opératoires (recherche opérationnelle, cybernétique, etc.)” (MORF. Philos. 1980). » (dictionnaire en ligne de l’Académie française)

Prénotion (terme d’Emile Durkheim)Explication. Durkheim emprunte le terme de « prénotions » au théologien et philosophe anglais du XIIIe siècle, Roger Bacon. Il définit les prénotions comme des « représentations schématiques et sommaires […] dont nous nous servons pour les usages courants de la vie » (Durkheim, 1895, 1996, p. 19). Ce sont des « fausses évidences » (ibid., p. 32) qui, à force d’être répétées finissent par être considérées comme des réalités sociales : « Non seulement elles sont en nous, mais, comme elles sont un produit d’expériences répétées, elles tiennent de la répétition, et de l’habitude qui en résulte, une sorte d’ascendant et d’autorité » (ibid., p. 19). Dit encore autrement, les prénotions sont des préjugés, des idées que l’on se fait de la réalité sociale, mais qui ne sont pas la réalité sociale elle-même. Durkheim indique que les prénotions n’épargnent personne, pas même les intellectuels (les « penseurs ») en sciences sociales de son époque. Il ne s’en prend à eux ni de manière frontale ni nommément, mais sa critique n’en est pas moins forte. Il leur reproche de ne travailler qu’à partir de prénotions. Pour Durkheim, la manière dont on étudie le social à la fin du XIXe siècle est un peu l’équivalent des méthodes qu’utilise l’astrologie par rapport à celles de l’astronomie, ou encore de l’alchimie par rapport à celles de la chimie (ibid., p. 17). Bref, la façon dont on pense le social n’est pas du tout scientifique ; les intellectuels qui s’intéressent à la société confondent la réalité sociale avec les idées communément admises sur cette réalité sociale. Et, puisque ces intellectuels utilisent les prénotions comme s’il s’agissait de vérités, ils ne prennent pas la peine d’étudier réellement les « faits sociaux ». Une fois ce constat établi, on aura compris que Durkheim insiste sur la nécessité de lutter contre les prénotions : « Il faut écarter systématiquement toutes les prénotions » (ibid., p. 31). « Elles sont […] comme un voile qui s’interpose entre les choses et nous et qui nous les masque d’autant mieux qu’on le croit plus transparent » (ibid., p. 16). « Il faut donc que le sociologue […] s’affranchisse de ces fausses évidences qui dominent l’esprit du vulgaire, qu’il secoue, une fois pour toutes, le joug de ces catégories empiriques qu’une longue accoutumance finit souvent par rendre tyranniques » (ibid., p. 32). Cette règle (écarter les prénotions, douter de ce qui semble évident) est « la base de toute méthode scientifique » (ibid., p. 31). Durkheim se réfère d’ailleurs au « doute méthodique » de Descartes : « Si, au moment où il va fonder sa science, Descartes se fait une loi de mettre en doute toutes les idées qu’il a reçues antérieurement, c’est qu’il ne veut employer que des concepts scientifiquement élaborés […] ; tous [les concepts] qu’il tient d’une autre origine doivent donc être rejetés, au moins provisoirement » (ibid., pp. 31-32).Durkheim était-il épargné par les prénotions ? Puisque les prénotions n’épargnent personne, on peut supposer qu’elles n’épargnent pas Durkheim lui-même. Et, en lisant De la division du travail social, on peut relever des propos qui semblent pouvoir être qualifiés de prénotions. Il écrit, par exemple : « qui a vu un indigène les a tous vus […]. Au contraire, chez les peuples civilisés, deux individus se distinguent l’un de l’autre au premier coup d’œil » (Durkheim, 1893, 1998, p. 104). Il s’agit d’une affirmation relevant plus de l’idéologie colonialiste de l’époque que d’une vérité scientifiquement démontrée. Toujours dans le même livre, Durkheim écrit : « […] il n’y a qu’à comparer l’ouvrier avec l’agriculteur ; c’est un fait connu que le premier est beaucoup plus intelligent » (ibid., p. 256). Là encore, cette affirmation ne se base visiblement sur aucune étude sérieuse : dire qu’il s’agit d’« un fait connu » semble indiquer que la seule “preuve” dont Durkheim dispose est qu’elle est communément admise par la population. 

Prévalence (en sociologie de la déviance, dans les enquêtes de victimation)

Définition du taux de prévalence. « Le taux de prévalence mesure, dans une population, la proportion de personnes (ou de ménages) atteint(e)s au moins une fois au cours de la période de référence. » (Robert et alii, 1999, p. 259, note 12)

Processus

Exemple : les processus conduisant à la délinquance (selon Christian Debuyst). La notion de « processus » est proche de celles d’« itinéraire » et de « trajectoire » : « Dans un sens proche de celui de processus, J.-C. Passeron parlera d’une analyse d’itinéraire [1990], Castel de trajectoire [1998]. Cette différence dans les termes introduit une nuance sur laquelle il importe d’insister : la notion de processus implique plus nettement l’idée d’un enchaînement de stades ou d’étapes qui conduisent, finalement à un terme, accepté ou subi par le sujet : la « rupture sociale » ou la transgression de la loi. » (Debuyst, 2002, p. 143) Christian Debuyst distingue trois types de processus conduisant à la délinquance (qui ne sont pas « exclusifs les uns des autres »).  La délinquance peut être le résultat d’un processus au cours duquel on est conduit à considérer une ou des personnes comme des obstacles – que l’on va chercher soit à éliminer (meurtre) soit à mettre à distance (ex. : on rejette les personnes qui nous reprochent de nous droguer). ‚ La délinquance peut aussi être le résultat d’un processus d’apprentissage. ƒ Enfin, elle peut être le résultat d’« une perte progressive des liens affectifs et sociaux », d’un processus de désaffiliation. (Debuyst, 2002, pp. 143-145)

Programme fort

Où, quand et qui ? Le « programme fort » est un courant développé en sociologie des sciences, en Angleterre (Ecole d’Edimbourg), à partir du milieu des années 1970. Son initiateur est David Bloor. Il a publié Sociologie de la logique (1976). De nombreux autres sociologues font également partie de courant : Barry Barnes, Harry Collins, Steve Shapin…

Quoi ? Le « programme fort » considère que les sciences (sciences humaines, mais aussi sciences dures) ne sont que des constructions socioculturelles parmi d’autres (au même titre que les religions, par exemple), et qu’elles sont donc explicables par des causes socioculturelles. A partir de là, il postule l’idée d’un relativisme culturel en sciences : en quelque sorte, toutes les explications scientifiques se valent ; aucune ne peut être jugée plus “vraie” qu’une autre. Défendre cette idée conduit aussi à jeter un doute sérieux sur l’existence du progrès scientifique.

Précision. Selon le programme fort, la science entière peut être expliquée par des considérations sociales, tant dans ses erreurs (ce sur quoi tout le monde est d’accord) que dans ses aspects vrais (ce qui fait hurler les sciences exactes). (d’après Philippe Cibois, 24/01/2005)

Queer

Explications. Les femmes queer « refusent les assignations identitaires, et brouillent les cases du grand tableau dans lequel les pouvoirs aimeraient nous voir tous rangés. Es-tu homme ou femme ? Homo ou hétéro ? Fuir ces questions, devenir étranger à l’image de soi, faire varier les limites des genres : telles sont les premières mesures d’une politique queer. » (revue Multitudes, n°12, printemps 2003) L’une des inspirations des féministes queer est le courant postmoderne. 

Réalisme totalitaire

Le « réalisme totalitaire » est la manière dont le psychologue suisse Jean Piaget (1896-1980) désignait la sociologie de Durkheim, sociologie selon laquelle « les pensées individuelles sont façonnées par l’ensemble du corps social » (Piaget, 1955). Il ne faut pas entendre « totalitaire » dans le sens de « régime totalitaire » ; si la  sociologie de Durkheim est « totalitaire », c’est parce qu’elle considère la société comme un tout.

Régression logistique

« […] la régression logistique […] permet de mesurer des effets « toutes choses égales par ailleurs ». » (Spencer, 1993, p. 1471)

Régulation (théorie de la) A VOIR

« Notion ayant deux significations différentes : ensemble des règles applicables dans un univers donné et mécanismes assurant la constance et l’équilibre d’un milieu. 1) Associée au premier sens s’est développée récemment, notamment sous l’impulsion de Reynaud (1979), une réflexion sur les règles fonctionnant dans une organisation. Remplaçant l’opposition entre règles de conduites formelles et informelles, qui avait été introduite par les recherches de Hawthorne, par la distinction entre régulation contrainte (règles de conduite émanant de l’autorité) et régulation autonome (règles ayant pour source la base), Reynaud démontre qu’il existe une régulation conjointe, fruit de la confrontation de ces deux régulations, qui organise la vie et la culture des entreprises. [cf. aussi p. 143a] 2) Le second sens est au centre de beaucoup de théories sociologiques, insistant soit sur le consensus nécessaire à la vie en société, soit sur le nécessaire retour à l’équilibre d’une organisation sociale (Parsons, Pareto). De façon plus ambitieuse et systématique, cette perspective n’est utilisée que par les macro-économistes de l’Ecole de la régulation, qui voient dans l’histoire économique de la France et des Etats-Unis, une succession de phases marquées par une organisation de la production et des mécanismes d’épargne et de consommation qui feraient système. Ainsi, l’on serait passé d’une régulation taylorienne à une régulation fordiene avant de venir à une phase d’incertitude qui devrait se traduire par une « sorte de crise » tout aussi systématique que celle qui a marqué le passé. » (Gresle et alii, 1994)

Régulation (école de la)

« L’approche en termes de régulation est couramment utilisée dans les sciences de la nature, et notamment en biologie. Elle s’intéresse à la manière dont une entité donnée se reproduit en maintenant son équilibre. Par analogie, et dans une perspective plus « globalisante », l’objectif visé consiste à mettre à jour la « conjonction des mécanismes concourant à la reproduction d’ensemble d’un système, compte tenu de l’état des structures économiques et des forces sociales » (Robert Boyer). La théorie de la régulation, tout en restant dans la mouvance marxiste, apparaît originale au sein de la sociologie des relations professionnelles. Elle se démarque tout d’abord de la conception néoclassique accusée de négliger l’histoire pour mettre en évidence des comportements intemporels. La problématique de la régulation accorde au contraire une grande importance aux phénomènes datés et localisés. En outre, par l’accent mis sur les régularités du capitalisme, elle s’éloigne également du keynésianisme, trop soucieux des réalités de court terme. L’école régulationniste se déclare enfin insatisfaite du marxisme classique dont les catégories les plus connues (valeur, plus-value) sont inobservables et partiellement incompatibles avec le cadre de la comptabilité nationale. Pourtant, l’idée de régulation entretient une certaine parenté avec la tradition marxiste. Pour cette dernière, en effet, la récession ne peut pas être perçue comme un accident lié à un choc exogène. Elle est plutôt un moment nécessaire qui exprime les contradictions entre forces productives et rapports sociaux. Dans la pensée régulationniste, on trouve ces aspects. L’analyse concernant la « reproduction de la société salariale » s’applique aux sphères les plus variées : organisation des échanges, flux financiers, interventions étatiques… De plus, la crise, comme chez Marx, reflète une tension à l’intérieur du système. Elle est un moment de passage d’un processus d’ajustement à un autre, assurant la continuité du capitalisme sur des bases différentes. Du taylorisme au fordisme, les modes de régulation (concurrentiel ou administré) passent, mais le « fétichisme de la marchandise » demeure. Il existe encore un dernier point de recoupement. Comme les théoriciens marxistes, les « régulationnistes » accordent une attention privilégiée à la répartition du produit national. // L’intérêt de cette école (Michel Aglietta, Robert Boyer, Jacques Mistral…) tient, pour une large part, à la richesse de sa problématique (analyse des transformations du « rapport salarial ». La méthodologie proposée (holisme) est cependant loin de faire l’unanimité. Les « régulationnistes », affirme-t-on, élaborent des constats mais ne proposent rien. Leur analyse échappe au critère de réfutabilité tel qu’il a été défini par Karl Popper. Les marxistes orthodoxes, de leur côté, jugent cette approche trop descriptive. S’ils sont d’accord pour rejeter les interprétations traditionnelles du chômage ou des dépressions, ils pensent aussi que l’on ne doit pas perdre de vue la perspective de l’effondrement final. » (Ferréol, 2004)

Reynaud (Jean-Daniel)

Régulation et conflits du travail. « Les sociologues des relations professionnelles qui privilégient une logique interactionniste prêtent également une grande attention à la régulation, autrement dit à la façon dont les acteurs sont à même de créer, maintenir et changer les règles du jeu social. Tel est le cas du sociologue français Jean-Daniel Reynaud dont tous les travaux plaident en faveur d’un postulat de départ : la dynamique des relations professionnelles repose sur l’interaction d’une pluralité d’acteurs sociaux aux intérêts divers, aux valeurs et volontés multiples. Contrairement aux chercheurs de l’école d’Aix-en-Provence [Maurice, Sellier et Silvestre, 1982], Jean-Daniel Reynaud est persuadé de l’autonomie de régulation des systèmes des relations professionnelles à l’égard du reste de la société ; ce qui signifie, en d’autres termes, que les règles produites conjointement par les acteurs des relations professionnelles ne sont pas nécessairement l’expression localisée et stabilisée d’un mode de régulation macrosocial dominant [Reynaud, 1979, 1989]. // Selon Reynaud, au sein de l’entreprise, les règles qui gouvernent les pratiques de travail sont le produit d’une rencontre entre deux stratégies collectives qui s’expriment, du côté de la direction, sous la forme d’une régulation de contrôle (centrée sur le travail prescrit aux individus) et, côté salarié, sous la forme d’une régulation autonome (centrée sur le travail réel). Au sein de l’entreprise, comme aux autres niveaux de régulation, l’enjeu des négociations et des conflits ne se restreint pas à un ensemble d’intérêts (augmentation du salaire, modification de l’organisation du travail…), mais inclut également le système de règles et la répartition des pouvoirs qui lui sont associés. En conséquence, il n’est pas exclu qu’au cours d’un conflit les acteurs cherchent à faire glisser le jeu, à modifier le cadre structurel du jeu préétabli : soit en transformant les enjeux (ce qui détermine de nouvelles coalition d’acteurs), soit en opposant des rationalités différentes et incompatibles, soit, enfin, en choisissant de jouer sur les règles pour transformer en objectif la transformation des règles du jeu /p. 45/ elles-mêmes. » (Lallement, 1995, pp. 44-45)

“Rousseauisme”

Terme péjoratif utilisé par Alain Finkielkraut pour disqualifier l’idée (répandue chez les sociologues) que le mal naît de l’oppression, qu’il a des causes sociales.

·         « rousseauisme […] : l’idée de la bonté naturelle de l’homme, que seules les institutions sont coupables » (Finkielkraut Alain, Le Point, 25 avril 2002)

« La vulgate rousseauiste, c’est l’idée selon laquelle tout le mal naît de l’oppression. “Je hais la servitude, disait Rousseau, comme la source de tous les maux du genre humain.” C’est un moment extraordinaire de la pensée. C’est le congé donné à l’idée de péché originel mais, par-delà le péché originel, l’idée que le mal peut faire partie de la nature de l’Homme. Avec Rousseau s’inaugure une période où le mal a des causes exclusivement sociales et politiques. Autrement dit : et du rousseauisme surgit la division de la société (et de l’humanité en général) entre dominants et dominés. Si mal il y a, il procède de l’inégalité. C’est les dominants qui en sont coupables. Certes, les dominés peuvent commettre des actes criminels, des exactions odieuses, mais il faut comprendre : c’est un symptôme, ça vient de la domination. Et – très souvent d’ailleurs – on m’oppose le terrain. On me dit : “Vous êtes intellectuel, vous parlez du haut de votre chaire, vous ne savez pas ce qui se passe.” Or, précisément, il n’y a pas, si vous voulez, de perception d’une réalité qui ne s’intègre à une métaphysique générale. Le terrain est aujourd’hui le nom de code pour le noyage de poisson. Car, sur le terrain, les sociologues sont eux-mêmes inspirés par cette perception rousseauiste, et on l’a vue à l’œuvre de manière massive. “Oui, ces émeutes [celles du mois de novembre 2005 en banlieue] avaient