Avertissements ! Ce lexique a été constitué principalement à partir de lectures d’ouvrages sociologiques, mais aussi parfois de conférences, d’interventions radiophoniques, de notes de cours, de sites internet… Je l’ai élaboré tout au long de mes études (qui ne sont pas encore terminées) afin de m’aider à assimiler un certain nombre de théories et de concepts.

·         Il n’est pas du tout impossible qu’il contienne des erreurs. Si vous en trouvez, merci de me les signaler !

·         Il n’est pas non plus impossible que certaines définitions manquent de clarté. Si vous disposez de citations plus claires sur un sujet donné, je suis preneur…

·         On trouvera principalement ici des définitions de concepts connus et/ou reconnus par la communauté des sociologues, mais également, parfois, des définitions de notions (élaborées par des auteurs parfois plus “marginaux”) n’ayant pas connu de succès particulier dans le champ sociologique.

Acteur et agent

Selon Boudon. Raymond Boudon fait une distinction entre les « systèmes fonctionnels » (dans lesquels les individus occupent un « rôle social » : médecin délivrant une ordonnance, universitaire écrivant un article…) et les « systèmes d’interdépendance » (dans lesquels les individus n’occupent pas de rôle). Dans le premier cas, les individus sont appelés « acteurs » car ils jouent un rôle. Dans le second cas, ils sont appelés « agents ». Boudon l’explique en ces termes : « Pour la clarté du vocabulaire, il est utile de parler d’acteur individuel dans le cas de systèmes fonctionnels et d’agent individuel dans le cas des systèmes d’interdépendance. La notion d’acteur est, comme celle de rôle, empruntée au langage de la scène. […] Le mot agent désigne clairement le porteur individuel de l’action sans renvoyer à la catégorie des rôles. » (Boudon, 1979, chapitre IV, introduction au chapitre, p. 118)

Auto-analyse Voir « Auto-socioanalyse »

Autoscopie (terme de Bouvier)

Explication. Bouvier (2000) évoque « l’autoscopie de Soi et des Autres ». Il entend par là la manière dont « les individus et les populations s’auto-identifient. Ce « regard porté sur soi-même » doit abolir la distance ethnocentrique par laquelle l’observateur travestit souvent la culture de l’observé. C’est non seulement le journal du chercheur mais aussi toutes les productions par lesquelles l’agent s’exprime en l’absence de l’observateur : écrits (lettres, poèmes, manuscrits divers, etc.), objets construits, créations artistiques. L’autoscopie peut également être collective : tracts, journaux, productions diverses, ce que Bouvier nomme des « ensembles populationnels cohérents ». » (Juan, 2005, p. 63)

Auto-socioanalyse ou Auto-analyse (terme de Bourdieu)

Explication. L’« auto-socioanalyse » ou « auto-analyse » consiste à s’étudier soi-même, à analyser son parcours biographique « comme s’il s’agissait de n’importe quel autre objet » (Bourdieu, 2004, p. 12), à mettre au jour « les principes qui guid[ent] [sa] pratique » (ibid.). Pour le sociologue, cela implique d’examiner l’état du champ sociologique au moment où il y est entré et donc « avec lequel et contre lequel [il] s’est fait » (ibid., p. 15). Il s’agit aussi d’analyser l’état du champ sociologique au moment présent « afin de se donner les moyens de comprendre les trajectoires individuelles et collectives » (ibid., p. 78). Enfin, l’auto-socioanalyse doit bien évidemment prendre en considération son milieu social d’origine ainsi que les différents moments de son histoire. Pour Bourdieu, ce travail est indispensable au chercheur car c’est « en prenant acte de [sa] position et de son évolution dans le temps » que l’on peut espérer « maîtriser les effets qu’elles pourraient avoir sur [ses] prises de position scientifiques » (ibid., p. 141).

Benedict (Ruth)

« Ethnologue américaine (New York, 1887 - id., 1948). Elle s’est consacrée à des études d’ethnologie comparée sur les Indiens du S.-O. des Etats-Unis, cherchant à mettre en évidence les relations entre les formes de culture propres à chaque société et les habitudes individuelles qu’elles déterminent. Elle opposa ainsi la culture des indiens Zuñi, caractérisée par des instincts agressifs, individualistes (Patterns of Culture, 1934 ; Continuities and discontinuities in cultural conditioning, 1938 ; etc.). » (Le petit Robert 2, 1984)

Bourdieu (Pierre)

Biographie. « Pierre Bourdieu naît le 1er août 1930 à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques, où son père occupe un poste de « petit » fonctionnaire des P.T.T. Il se marie le 2 novembre 1962 avec Marie-Claire Brizard ; de cette union naissent trois fils (Jérôme, Emmanuel, Laurent). Ses études se déroulent successivement au lycée de Pau, au lycée Louis Le Grand, puis à l’Ecole normale supérieure. Agrégé de /p. 6/ philosophie, il sera professeur au lycée de Moulins en 1954-1955. L’Algérie, où il effectue son service militaire et où il sera assistant entre 1958 et 1960 (faculté de lettres d’Alger), lui fournit un terrain d’étude privilégié : outre Sociologie de l’Algérie (éd. PUF, « Que sais-je », 1958), il publie, en collaboration avec Abdelmalek Sayad, Le déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie (éd. de Minuit, 1964). L’étude anthropologique des paysans kabyles lui permettra de jeter les bases de sa théorie sociologique : on trouve dans l’Esquisse d’une théorie de la pratique, précédée de trois études d’ethnologie kabyle (éd. Droz, 1972) une démarche et des concepts qui constitueront le fil directeur de l’ensemble de l’œuvre de P. Bourdieu. A la fin de la guerre d’Algérie, il sera nommé assistant à la Faculté des lettres de Paris (1960-1961) puis maître de conférences à la faculté de Lille de 1961 à 1964. En 1981, il occupe la chaire de sociologie au Collège de France. Il dirigeait la revue Actes de la recherche en sciences sociales (ARSS) depuis sa création en 1975. Il obtient la Médaille d’or du CNRS en 1993. P. Bourdieu est décédé le 23 janvier 2002. » (Bonnewitz, 2002, pp. 5-6)

Capital culturel

Définition. « ensemble des qualifications intellectuelles, soit produites par le système scolaire, soit transmises par la famille. Ce capital peut exister sous trois formes : à l’état incorporé comme disposition durable du corps (par exemple l’aisance d’expression en public) ; à l’état objectif comme bien culturel (la possession de tableaux, d’ouvrages) ; à l’état institutionnalisé c’est-à-dire socialement sanctionné par des institutions (comme les titres scolaires). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93, souligné par moi)

Les trois formes du capital culturel. « Dans les circonstances habituelles et les relations du quotidien, la culture fonctionne comme pouvoir, ou capital, susceptible d’admettre l’une de trois formes distinctes (Bourdieu, 1986). Elle peut être objectivée, pour ainsi dire, sous forme de machines, livres, œuvres d’art ou de science ; elle peut être institutionnalisée, comme c’est le cas avec les diplômes, les certificats, les pièces justificatives officielles ; enfin, elle peut être incorporée dans les personnes, sous la forme de ce que Bourdieu appelle l’habitus. » (Wacquant, 1993, p. 33, souligné par moi)

Capital économique

Définition. « ensemble des ressources patrimoniales (terres, biens immobiliers, portefeuille financier) et des revenus, qu’ils soient liés au capital (loyers, intérêts, dividendes) ou à un exercice professionnel salarié ou non salarié (honoraires des professions libérales, bénéfices industriels et commerciaux pour les chefs d’entreprise ou les artisans et commerçants). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Capital social

Définition 1. « ensemble des relations « socialement utiles » qui peuvent être mobilisées par les individus ou les groupes dans le cadre de leur trajectoire professionnelle et sociale. » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Définition 2. « Le capital social désigne une […] forme de capital, lié à la possession durable d’un réseau de relations sociales ou à l’appartenance à un groupe stable que l’individu peut mobiliser dans ses stratégies. Ce capital est variable en volume et en potentialités selon les relations concernées : « Le volume de capital social que possède un agent particulier dépend de l’étendue des liaisons qu’il peut effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel ou symbolique) possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié. » (Bourdieu Pierre, Le sens pratique, Minuit, 1980) » (Akoun, Ansart, 1999)

Attention ! Le capital social au sens de Bourdieu n’est donc pas l’ensemble des relations d’un individu, mais l’ensemble des relations dotées d’un certain pouvoir. (d’après Catherine Delcroix, 25/10/2004)

Capital symbolique

Définition 1. « magie sociale qui transforme en qualités de la personne ou de la lignée, les richesses socialement accumulées. » (Pinçon, Pinçon-Charlot, 2002, p. 141)

Définition 2. « ensemble des rituels (comme l’étiquette ou le protocole) liés à l’honneur et à la reconnaissance. Il est le crédit et l’autorité que confèrent à un agent la reconnaissance et la possession des trois autres formes de capital (économique, culturel et social). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Définition 3 (capital symbolique, charisme et magie). « Un des effets de la violence symbolique est la transfiguration des relations de domination et de soumission en relations affectives, la transformation du pouvoir en charisme ou en charme propre à susciter un enchantement affectif (par exemple dans les relations entre patrons et secrétaires). […] L’alchimie symbolique, telle que je viens de la décrire, produit, au profit de celui qui accomplit les actes d’euphémisation, de transfiguration, de mise en forme, un capital de reconnaissance qui lui permet d’exercer des effets symboliques. C’est ce que j’appelle le capital symbolique, conférant ainsi un sens rigoureux à ce que Max Weber désignait du mot de charisme, concept purement descriptif, qu’il donnait explicitement – au début du chapitre sur la religion de Wirtschaft und Gesellschaft – pour un équivalent de ce que l’école durkheimienne appelait la mana. Le capital symbolique est une propriété quelconque, force physique, richesse, valeur guerrière, qui, perçue par des agents sociaux dotés des catégories de perception et d’appréciation permettent de la percevoir, de la connaître et de la reconnaître, devient efficiente symboliquement, telle une véritable force magique : une propriété qui, parce qu’elle répond à des « attentes collectives », socialement constituées, à des croyances, exerce une sorte d’action à distance, sans contact physique. On donne un ordre et il est obéi : c’est un acte quasi magique. » (Bourdieu, 1994, p. 187)

Exemples de capital symbolique. La place essentielle de l’Etat. « Comme le sorcier mobilise tout le capital de croyance accumulé par le fonctionnement de l’univers magique, le président de la République qui signe un arrêté de nomination ou le médecin qui signe un certificat (de maladie, d’invalidité, etc.) mobilisent un capital symbolique accumulé dans et par tout le réseau de relations de reconnaissance qui sont constitutives de l’univers bureaucratique. Qui certifie la validité du certificat ? Celui qui a signé le titre donnant licence de certifier. Mais qui certifie à son tour ? On est entraîné dans une régression à l’infini au terme de laquelle « il faut s’arrêter » et l’on peut, à la façon des théologiens, choisir de donner le nom d’Etat au dernier (ou au premier) maillon de la longue chaîne des actes officiels de consécration. C’est lui qui, agissant à la façon d’une banque de capital symbolique, garantit tous les actes d’autorité, actes, à la fois arbitraires et méconnus comme tels, d’« imposture légitime », comme dit Austin : le président de la République est quelqu’un qui se prend pour le président de la République, mais qui, à la différence du fou qui se prend pour Napoléon, est reconnu comme fondé à le faire. » (Bourdieu, 1994, p. 122)

Exemple de capital symbolique : celui de Louis XIV. « Le capital symbolique qui fait qu’on s’incline devant Louis XIV, qu’on lui fait la cour, qu’il peut donner des ordres et que ces ordres sont obéis, qu’il peut déclasser, dégrader, consacrer, etc., n’existe que dans la mesure où toutes les petites différences, les marques de distinction subtiles dans l’étiquette et les rangs, dans les pratiques et dans le vêtement, qui font la vie de cour, sont perçues par des gens qui connaissent et reconnaissent pratiquement (ils l’ont incorporé) un principe de différenciation qui leur permet de reconnaître toutes ces différences et de leur accorder valeur […]. Le capital symbolique est un capital à base cognitive, qui repose sur la connaissance et la reconnaissance. » (Bourdieu, 1994, p. 161)

Exemple de capital symbolique : dans le monde de l’art. « Le capital de l’artiste est un capital symbolique […]. Ce capital symbolique de reconnaissance […] suppose la croyance des gens engagés dans le champ. C’est ce qu’a bien montré Duchamp qui […] a fait de véritables expérimentations sociologiques. En exposant un urinoir dans un musée, il a mis en évidence l’effet de constitution qu’opère la consécration par un lieu consacré, et les conditions sociales de l’apparition de cet effet. Toutes les conditions ne se réduisent pas à celles-là, mais il fallait que cet acte soit accompli par lui, c’est-à-dire par un peintre reconnu comme peintre par d’autres peintres ou d’autres agents du monde de l’art ayant le pouvoir de dire qui est peintre, il fallait qu’il soit dans un musée qui le reconnaissait comme peintre et qui avait le pouvoir de reconnaître son acte comme un acte artistique, il fallait que le milieu artistique soit prêt à reconnaître ce type de mise en question de sa reconnaissance. […] Il faudrait encore redire à propos du capital symbolique de l’écrivain ou de l’artiste, à propos du fétichisme du nom de l’auteur et de l’effet magique de la signature, tout ce qui a été dit à propos du capital symbolique tel qu’il fonctionne dans d’autres univers : en tant que percipi, il repose sur la croyance, c’est-à-dire sur les catégories de perception et d’appréciation qui sont en vigueur dans le champ. » (Bourdieu, 1994, pp. 198-199)

Carrière

Définition. « Terme du langage courant utilisé pour désigner les différentes étapes de la vie professionnelle. La constitution de biographies, l’analyse longitudinale de trajectoires visent à dépasser l’étude synchronique des situations de travail pour saisir leur déroulement temporel. Utilisé par le courant interactionniste, le concept s’élargit au-delà de sa sphère habituelle. Il s’agit alors de construire des modèles séquentiels de passages d’une position à une autre, de considérer l’histoire des individus comme une série d’engagements envers les normes et les institutions, impliquant des changements de comportements et d’opinions. On peut alors parler, comme le fait [Howard] Becker, de carrières de déviants ou de délinquants. » (Ferréol, 1995, article « Carrière », p. 15)

Champ

Définition. « Pour Bourdieu, une société est constituée d’une pluralité de champs (champ économique, champ culturel, champ politique, etc.), c’est-à-dire d’espaces autonomes structurés par des rapports de domination et des enjeux spécifiques, irréductibles par rapport à ceux des autres champs (un P.D.G. ne court pas après les mêmes enjeux qu’un homme politique ou qu’un artiste). » (Colloque PB, 2003)

Explication de Bourdieu. « Les champs sont des microcosmes, des petits mondes sociaux qui existent à l’intérieur du macrocosme social. Un exemple, c’est le champ scientifique. C’est un univers social qui a ses lois : il y a les dominants et les dominés, il y a une distribution inégale de capital, etc. De même, il y a le champ artistique, le champ juridique, le champ universitaire… Chacun de ces champs a des propriétés particulières. Et, en même temps, il existe des propriétés générales des champs. Disons que l’on peut, à propos de tout champ, poser la même batterie de questions générales : A quoi joue-t-on dans ce champ ? Quel est l’enjeu ? Quels sont les atouts qu’il faut avoir pour gagner dans ce jeu ? Quelle est la structure de la distribution des atouts ?… Tout cela, on ne le sait pas a priori. Il faut, à chaque fois, étudier, observer. Mais on n’est pas non plus désarmé : puisque l’on a des questions et que l’on sait un peu comment cela se passe dans d’autres champs, on peut comprendre très vite. Par exemple, il m’arrive très souvent, quand je commence une enquête, d’avoir très vite un système d’interrogations qui me permet d’être à la hauteur des personnes que j’interroge, qui peuvent croire que je connais très bien leur univers parce que, en mettant en jeu mon modèle comme système de questions, je peux poser des interrogations qui ne sont pas ridicules. » (Bourdieu, 2001, citation orale mise sous une forme écrite par mes soins)

Explication de Philippe Corcuff. « [· Il existe différents types de champs :] La société est constituée chez Bourdieu par une variété de champs sociaux autonomes : champ économique, mais aussi champ politique, champ technocratique, champ journalistique, champ intellectuel, champ religieux, etc. [· Définition du champ :] Un champ, c’est une sphère de la vie sociale qui s’est progressivement autonomisée à travers l’histoire autour de relations sociales, d’enjeux, de ressources et de rythmes temporels propres, différents de ceux des autres champs. Les gens ne courent ainsi pas pour les mêmes raisons dans le champ économique, dans le champ politique, dans le champ artistique, dans le champ sportif ou dans le champ religieux. [· Les rapports de domination au sein des champs :] Chaque champ est structuré par des rapports de domination, des luttes entre dominants et dominés. […] [· L’importance du champ économique :] Tous les champs n’ont pas le même poids dans une formation sociale, et Bourdieu rappelle souvent l’importance du champ économique. » Par exemple, le poids actuel du champ économique (la marchandisation du monde) a un effet asservissant sur les autres champs (par exemple le champ journalistique) : « les progrès de la marchandisation peuvent réduire le degré d’autonomie d’un champ (ou de secteurs d’un champ) par rapport au champ économique (c’est aujourd’hui le cas dans le champ journalistique, avec la concentration économique croissante des médias) » (Corcuff, 2004)

Une métaphore sportive. « Bourdieu a beaucoup pris les métaphores sportives dans certains de ses ouvrages pour illustrer le concept de champ. Un champ social, c’est comme un champ de jeu. C’est-à-dire : il y a des agents qui sont dotés de ressources spécifiques, qui s’affrontent pied à pied et âprement pour s’approprier les positions favorables. […] Les nouveaux venus, qui sont nécessairement dominés par ceux qui sont les plus anciennement installés dans le champ de jeu, doivent absolument inventer un jeu en tout point dissemblable à celui qui domine pour essayer de s’y faire une place. De plus, le sens de l’anticipation et du placement – qui est évidemment particulièrement parlant dans l’affrontement sportif – est transposable dans un champ intellectuel, pictural, artistique ou politique. » (Pociello, 2006)

Chicago (école de)

Il existe une « école de Chicago » des sociologues et une « école de Chicago » des économistes.

L’école de Chicago en sociologie

L’école de Chicago est « une vaste entreprise de recherche assez diversifiée, impliquant au moins quatre générations successives de chercheurs depuis le début du [XXe] siècle [Les thèmes abordés par cette école :] dans des domaines comme l’écologie urbaine, les relations interethniques, les problèmes de la délinquance et ultérieurement la sociologie du travail. Si cette tradition, [La méthodologie :] qui met entre autres l’accent sur le travail de terrain et l’observation directe, s’est perpétuée jusqu’à nos jours, elle a surtout fleuri entre les deux guerres mondiales, époque de grands bouleversements marquée par les tensions ethniques créées par l’immigration externe et interne – dont celle des Noirs du Sud vers les villes du Nord-Est –, par la vague d’activités illégales liée à la prohibition entre 1919 et 1933, puis par la grande dépression de 1929 et la montée de l’interventionnisme de l’Etat fédéral à l’occasion du New Deal. // [Le terrain d’études :] Les sociologues de cette tradition ont en commun d’avoir travaillé sur le territoire de la ville de Chicago, d’avoir étudié et pénétré un milieu ou une communauté étrangère ou familière, d’avoir souvent un point de vue proche de celui des travailleurs sociaux, d’avoir su mêler des documents déjà élaborés (rapports, cartographie) et leurs propres observations directes, et enfin d’avoir élaboré à partir de ces données des comptes rendus très organisés dont un grand nombre furent publiés par les presses de l’université de Chicago. [Quelques grands auteurs :] Cette période fut marquée par le tutorat intellectuel et pratique de Robert Park (1864-1944) et par l’élaboration d’une série de monographies s’échelonnant de 1919 à 1945, depuis The Polish Peasant (1919), de W. I.  Thomas (1863-1947) et F. Znaniecki, jusqu’à Black Metropolis (1945), de St. Clair Drake et H. R. Cayton. » (Peretz, 1995, p. 16)

L’école de Chicago en économie

« L’économiste Milton Friedman est, avec Friedrich von Hayek, un des piliers de l’école de Chicago. A partir des années 1960, les « Chicago boys » ont diffusé les idées néolibérales à travers le monde, des Etats-Unis de Ronald Reagan au Royaume-Uni de Mme Margaret Thatcher, en passant par le Chili de M. Augusto Pinochet. Le livre de référence du professeur Friedman est Capitalisme et liberté (Robert Laffont, Paris, 1971). » (note de la rédaction du Monde diplomatique à l’article de Galbraith, 1985)

Citoyenneté différenciée

La « citoyenneté différenciée » est un concept qui a été introduit au début des années 1990 par Iris Young, professeure de sciences politiques à l’université de Chicago. C’est une notion qui s’oppose à celle d’universalisme. L’universalisme est l’idée, formulée par exemple dans l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, selon laquelle il n’y a pas de distinction à faire entre les citoyens : « Tous les Citoyens [sont] égaux [aux yeux de la Loi] selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». Puisque tous les citoyens sont supposés égaux « sans distinction », il est impossible de légiférer de manière à favoriser un groupe plutôt qu’un autre. (C’est ainsi que, en 1982, une proposition de loi visant à instaurer un quota de femmes dans les conseils municipaux avait été rejetée par le Conseil Constitutionnel.) La sociologue belge Bérengère Marques-Pereira explique que, pour Iris Young, cet universalisme est une idéologie hypocrite puisqu’elle empêche de remédier aux inégalités existantes ; elle « ne fait que perpétuer les discriminations de fait » (Marques-Pereira, 2002). Young se prononce donc, à l’inverse, pour ce qu’elle appelle une « citoyenneté différenciée », c’est-à-dire le droit pour chaque groupe de proposer des politiques fondées sur ses intérêts propres. Elle préconise par exemple de disposer d’un droit de veto lorsque des politiques risquent de discriminer le groupe. D’une certaine manière, le concept de « citoyenneté différenciée » recouvre celui de « discrimination positive » tout en l’élargissant. Mais, pour certains féministes, mettre en place des quotas serait la porte ouverte à une vision essentialiste : cela reviendrait à admettre l’idée que l’inégalité entre hommes et femmes est naturelle puisqu’il faudrait avoir recours à la loi pour la compenser. (d’après Marques-Pereira, 2002, pp. 4-5 ; Siim, 1997, pp. 48-49)

Classe sociale

Selon Marx et selon Weber. « […] il est possible de caricaturer les positions en opposant deux courants de la sociologie. D’un côté, nous avons une tradition marxiste, selon laquelle les classes sociales sont des collectifs structurés par une position spécifique dans le système économique définie par la propriété des moyens de production (ou son absence), marqués par un conflit central (l’exploitation, ou la répartition conflictuelle de la plus-value), animés par la conscience collective de leur être et de leur intérêt. Cette tradition est parfois qualifiée de holiste (holon = tout) parce qu’ici, la totalité est plus que la somme des individus qui la forment, la classe existant indépendamment et au-dessus de ses membres, en leur dictant leur rôle, par delà la capacité de création des individus, qui pourrait bien dans cette approche n’être qu’un leurre. Cette tradition est qualifiée aussi de réaliste, parce que les classes sont supposées former des entités véritables et tangibles, et non pas des constructions intellectuelles. // D’un autre côté, la tradition weberienne suppose que les classes sociales sont des groupes d’individus semblables partageant une dynamique probable similaire (Max Weber parle de Lebenschancen ou « chances de vie »), sans qu’ils en soient nécessairement conscients. La démarche est qualifiée d’individualiste et de nominaliste : la classe sociale est avant tout l’ensemble des individus que le chercheur décide de nommer ainsi selon ses critères propres. » (Chauvel, 2002, pp. 117-118)

Codage

Définition (dans le cas d’une analyse de texte). « Le codage correspond à une transformation – effectuée selon des règles précises – des données brutes du texte. Transformation qui, par découpage, agrégation et dénombrement, permet d’aboutir à une représentation du contenu, ou de son expression, susceptible d’éclairer l’analyste sur des caractéristiques du texte qui peuvent servir d’indice […]. /p. 135/ L’organisation du codage comprend trois choix (dans le cas d’une analyse quantitative et catégorielle) : · le découpage : choix des unités ; · l’énumération : choix des règles de comptage ; · la classification et l’agrégation : choix des catégories. » (Bardin, 1989, pp. 134-135)

Communalisation (concept de Weber)Définition. La communalisation est le type de relation sociale que l’on trouve dans une communauté : « Nous appelons “communalisation” [vergemeinschaftung] une relation sociale lorsque, et tant que, la disposition de l’activité se fonde […] sur le sentiment subjectif (traditionnel ou affectif) des participants d’appartenir à une même communauté » (Weber, 1922, p. 41). 

Conatus

Définition. « Selon Pierre Bourdieu, l’agent est mû par un conatus, une tendance à persévérer dans son être, qui l’incline à poser des choix. L’agent actualise en permanence, par sa pratique, un être qui fluctue au fil de l’action et de l’expérience et vers lequel il tend. » (Hilgers, 2006, n. 20)

Explication. « Le conatus, qu’est-ce que c’est ? Le conatus, dit Spinoza dans L’Ethique (proposition 6 de la partie III), c’est l’effort que chaque chose déploie « pour persévérer dans son être » – ce qui est une définition assez abstraite. Mais, si vous voulez, d’un point de vue un petit peu plus concret, le conatus, c’est un élan de puissance, c’est une activité indéfinie, c’est un momentum, c’est un effort pour effectuer au maximum cette puissance, et cela peut prendre la forme d’une pulsion d’expansion. » (Lordon, 2006) Par exemple, « il y a le conatus de l’universitaire qui persévère dans l’être en tant que chercheur, en tant que professeur ; le conatus de l’homme politique qui persévère dans l’être en tant que futur élu, futur dirigeant, etc. » (ibid.) Dans un exemple (reproduit plus bas), Frédéric Lordon évoque le « conatus pronateur » de l’homme d’affaires qui lance des OPA afin de prendre le contrôle d’autres entreprises.

Le « conatus essentiel » et le « conatus actuel » (selon Frédéric Lordon). « Le concept de conatus tel qu’il est défini dans L’Ethique (je le rappelle : cet effort que déploie chaque chose en vue de « persévérer dans son être ») est un concept qui fait éminemment sens du point de vue de l’ontologie de l’activité de Spinoza (telle qu’elle est exposée dans la première partie de L’Ethique), mais c’est un concept qui parlerait avec peine à des chercheurs en sciences sociales. Parce que, « persévérer dans l’être », qu’est-ce que ça veut dire, en fin de compte ? Là, on est dans la métaphysique. Persévérer dans l’être, du point de vue des sciences sociales, ça ne veut rien dire. Ce que les chercheurs en sciences sociales connaissent, en revanche, ce sont les efforts de persévérer dans l’être, en particulier sous telle ou telle forme, de persévérer dans telle ou telle forme de l’être social, dans telle ou telle raison sociale, c’est-à-dire de persévérer dans l’être en tant que ceci ou cela. Alors, pour marquer cette différence, j’ai choisi de qualifier le conatus des philosophes (le conatus de Spinoza) de « conatus essentiel ». Le conatus essentiel, c’est un effort générique et intransitif, c’est une force désirante qui ne s’est pas encore connue de point d’application, qui ne sait pas encore vers quoi elle va s’orienter et qui se trouve donc à l’état sous-déterminé. Ce complément de détermination de conatus essentiel, il va le trouver dans le monde social, par des déterminations sociales et historiques qui vont, d’un conatus intransitif, en faire un conatus transitivé, c’est-à-dire orienté, dirigé, muni de ses points d’application, désirant ceci plutôt que cela, tâchant de persévérer de cette façon plutôt que de telle autre. Par exemple, si on considère des actualisations je dirais vocationnelles du conatus (mais il pourrait y en avoir plein d’autres : il y a le conatus de l’universitaire qui persévère dans l’être en tant que chercheur, en tant que professeur ; le conatus de l’homme politique qui persévère dans l’être en tant que futur élu, futur dirigeant, etc.), ce conatus-là, je l’appelle le « conatus actuel ». Et, finalement, d’une certaine manière, il m’est apparu que ce conatus actualisé (ou conatus actuel) – en tout cas sous des formes de l’actualisation vocationnelle dont je viens de parler – il avait beaucoup à voir avec ce que Pierre Bourdieu appelle l’illusio. » (Lordon, 2006)

Exemple : le « conatus pronateur » de l’homme d’affaires. « Me semble-t-il (en tout cas c’est l’hypothèse que ce livre [Frédéric Lordon, L’intérêt souverain. Essai d’anthropologie économique, La Découverte, avril 2006] soumet à la discussion), le conatus, en tant qu’il est foncièrement l’intéressement à soi, son geste premier, son geste le plus brut, le plus sauvage, c’est de prendre pour lui, c’est de capter, c’est de saisir. Le conatus, il est spontanément prédateur et pronateur. […] L’OPA constitue un cas typique. Je me souviens d’une phrase qui, là aussi, avait fait tilt, d’un proche qui décrivait Claude Bébéar expert en OPA et en saisies capitalistiques de toutes sortes et qui faisait des métaphores cynégétiques à base de gibiers, de chasseurs, etc., et qui disait : “Quand il a pris quelque chose, il dit : j’ai mis la main dessus !” La pronation, physiquement, c’est ça : c’est la torsion interne de l’avant-bras pour mettre la main sur un objet. Donc, si vous voulez, dans ces conditions, il n’est pas difficile de faire entendre que si le prendre est l’une des expressions les plus sauvages du conatus, alors c’est là le péril social par excellence. La violence va naître d’une pronation de choses disputées. La violence sociale primordiale c’est celle du choc de conatus pronateurs antagonistes. Et alors, toute la question, à partir de là, c’est de savoir comment les communautés humaines vont se débrouiller pour résister à la décomposition violente que les conatus pronateurs portent en germe. C’est-à-dire : comment vont-elles parvenir à accommoder la violence pronatrice. Et, cette violence, il faut qu’elles l’accommodent. Parce que, l’extirper, il n’en est pas question. Spinoza nous le dit bien : Le conatus, c’est l’essence de l’homme (L’Ethique, proposition III-7). Si vous ajoutez à cela que le geste spontané du conatus – c’est mon hypothèse – est pronateur alors, effectivement, les pulsions pronatrices conatives sont la donnée de base de ce que j’appellerais schématiquement le problème du social. » (Lordon, 2006)

Concept

Quel est l’intérêt des concepts (pour le militant) ? « Ce que j’essaie de faire […] c’est de trouver une resubstantialisation de concepts qui semblent avoir du mal à être opérationnels. Revisiter les concepts de l’engagement implique à son tour un engagement car les grilles avec lesquelles nous pensons et percevons le monde déterminent nos possibilités d’actions dans le monde. » (Miguel Benasayag, forum Nouvel Observateur, 14/10/2004)

Constance (école de) (sociologie de la lecture)

Explications. Pendant longtemps, les chercheurs en sciences sociales n’ont considéré la littérature que comme une simple « succession des auteurs et des œuvres ». Ils ne se préoccupaient pas du regard porté par le lecteur sur le livre. L’école de Constance est venue remédier à cette lacune en mettant l’accent sur l’activité de « réception » : « Ainsi, dans une entreprise délibérée de rupture avec l’histoire de la littérature et de l’art […], les chercheurs de l’école de Constance travaillent à promouvoir « l’acte de lecture » (Iser, 1985) et œuvrent « pour une esthétique de la réception » (Jauss, 1978). L’œuvre est alors définie comme « une structure dynamique qui ne peut être saisie que dans ses “concrétisations” historiques successives » et cette définition permet de cerner « l’effet » de l’œuvre qui « présuppose un appel ou un rayonnement venu du texte, mais aussi une réceptivité du destinataire qui se l’approprie » (Jauss, 1978, 246). Il s’agit de prendre au sérieux l’idée selon laquelle un texte littéraire ne peut agir que lorsqu’il est lu […] et donc reformuler la question de l’effet, en abandonnant la seule signification pour analyser le processus de la lecture. » (Le Grignou, 2003, pp. 25-26)

Constructivisme

Explications. Le constructivisme est une synthèse entre deux mouvements opposés : le structuralisme et l’individualisme méthodologique. Il remet en cause cette opposition radicale entre l’idée d’un acteur qui serait entièrement libre en société (individualisme méthodologique) et l’idée d’un agent qui serait prisonnier par les structures (structuralisme). Le constructivisme allie les dimensions de « contraintes » et de « liberté ». C’est un courant qui s’est fondé sur un travail de recherches empiriques très fournies. C’est aussi un courant qui insiste sur la prudence conceptuelle. On y trouve des sociologues comme Georg Simmel, Michel de Certeau, Michel Crozier, Jean-Paul Sartre ou François Dubet. (d’après Catherine Delcroix, 11/10/2004)

Ouvrage fondateur. Comme ouvrage fondateur du courant constructiviste, on peut citer : Peter Berger, Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, 1966, Paris, Méridiens Klincksieck, 1986. (d’après Pascal Dauvin, 22/02/2005)

Corpus (analyse de contenu)

Définition. « Le corpus est l’ensemble des documents pris en compte pour être soumis aux procédures analytiques. » (Bardin, 1989, p. 127) Dans son livre sur L’analyse de contenu, Laurence Bardin indique quatre règles qu’un corpus doit respecter : · la règle de l’exhaustivité (« il n’y a pas lieu de laisser un élément pour une raison quelconque (difficulté d’accès, impression de non-intérêt) non justifiable sur le plan de la rigueur. » – p. 127), · la règle de la représentativité (lorsque l’on décide d’effectuer une analyse sur un échantillon, celui-ci doit être « une partie représentative de l’univers de départ » – ibid.), · la règle de l’homogénéité (« Par exemple, des entretiens d’enquête, effectués sur un thème donné, doivent : être tous concernés par ce thème, avoir été obtenus par des techniques identiques, être le fait d’individus comparables. » – p. 128), et · la règle de pertinence (« Les documents retenus doivent être adéquats comme source d’information pour correspondre à l’objectif qui suscite l’analyse. » – ibid.).

Culturalisme

Définition. « Ecole nord-américaine d’anthropologie dont les chefs de file ont été Ruth Benedict, Margaret Mead, Ralph Linton et Abram Kardiner. Elle met l’accent sur la culture plus que sur la société et postule l’existence de corrélations étroites entre les modèles culturels et les éléments constitutifs de la personnalité. A son actif, un renouvellement des méthodes ethnographiques, un recours à la psychanalyse, une prise en compte du relativisme culturel et un approfondissement de certaines notions (pattern, personnalité de base, institution, socialisation). & Clapier-Valladon Simone, Panorama du culturalisme, Paris, Épi, 1976. » (Ferréol, 2004, p. 38)

Culture (sociologie des organisations)

Explication. Toute organisation est productrice de culture et d’identité. A partir du moment où on est plus de deux, on crée une culture. Le processus est le suivant :

organisation produit culture produit socialisation produit identité

Définition. La culture est l’ensemble des activités, des croyances et des pratiques communes à une société, un groupe social ou un groupe professionnel. On peut retenir trois indices d’une culture :  une représentation et une vision commune des choses, ‚ des valeurs communes et ƒ des normes (= des règles).