Définitions autour de la culture.

Terme Définition

sous-culture

Croyances, valeurs et normes d’un groupe particulier au sein d’une société complexe (ex. : les jeunes, les différents groupes professionnels, les institutions, les entreprises, les administrations…).

microculture

Invention de savoir-faire et de conduite par les individus placés dans une structure donnée avec des contraintes particulières. Voir « Microculture »

contre-culture

Culture qui s’oppose à la culture dominante.

Conditions pour qu’il y ait une culture.

Conditions nécessaires Définition Exemples

idées et valeurs communes

C’est ce que le groupe voit et croit. · opinions· croyances· rôles attribués

normes communes

C’est ce que le groupe doit (c’est-à-dire ce que les membres du groupe doivent respecter). · normes de relations· normes de comportement (ce que l’on peut faire ou non, ce que l’on peut dire ou non)· système de sanctions

ensemble de gestes et d’attitudes communs

C’est ce que le groupe fait. · manières de faire· manières de parler· manières de s’habiller

(Source : cours de Moufida Oughabi, 2004/2005)

Darwinisme socialSelon John K. Galbraith. « Au milieu du XIXe siècle, une autre forme de déni connut un grand succès, particulièrement aux Etats-Unis : le « darwinisme social », associé au nom de Herbert Spencer (1820-1903). Pour ce dernier, dans la vie économique comme dans le développement biologique, la règle suprême était la survie des plus aptes, expression que l’on prête à tort à Charles Darwin (1809-1882). L’élimination des pauvres est le moyen utilisé par la nature pour améliorer la race. La qualité de la famille humaine sort renforcée de la disparition des faibles et des déshérités. // L’un des plus notables porte-parole américains du darwinisme social fut John D. Rockefeller, le premier de la dynastie, qui déclara dans un discours célèbre : « La variété de rose “American Beauty” ne peut être produite dans la splendeur et le parfum qui enthousiasment celui qui la contemple qu’en sacrifiant les premiers bourgeons poussant autour d’elle. Il en va de même dans la vie économique. Ce n’est là que l’application d’une loi de la nature et d’une loi de Dieu. » // Au cours du XXe siècle, le darwinisme social en vint à être considéré comme un peu trop cruel : sa popularité déclina et, quand on y fit référence, ce fut généralement pour le condamner. Lui succéda un déni plus amorphe de la pauvreté, associé aux présidents Calvin Coolidge (1923-1929) et Herbert Hoover (1929-1933). Pour eux, toute aide publique aux pauvres faisait obstacle au fonctionnement efficace de l’économie. Elle était même incompatible avec un projet économique qui avait si bien servi la plupart des gens. Cette idée qu’il est économiquement dommageable d’aider les pauvres reste présente. » (Galbraith, 1985) 

Déconstruire Déductioncf. « induction » 

Déterminisme

Citations montrant un certain déterminisme chez Bourdieu.  Il évoque « les structures de l’espace des positions qui déterminent les prises de position » (Bourdieu, 2000, p. 45). ‚ « nos choix en apparence les plus personnels, les plus intimes, et, par là, les plus chers […], trouvent leur principe dans des dispositions socialement constituées où s’expriment encore, sous une forme plus ou moins transfigurée, des propriétés banalement sociales, tristement impersonnelles. » (Bourdieu, 2000, p. 47)

Distinction

Définition. « propriété relationnelle qui marque un écart, une différence par rapport à autrui et qui fonde une hiérarchie entre individus et groupes ; elle est le support de stratégies inscrites dans les pratiques sociales. » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », pp. 93-94)

Domination symbolique Voir « violence symbolique »

Doxa

Etymologie. Du grec « δόξα, ης (ἡ) I opinion, d’où : 1 jugement, avis, sentiment […] ║ 2 ce à quoi on s’attend, ce que l’on croit possible, croyance […] ║ 3 croyance philosophique, doctrine ; jugement, raison ║ 4 opinion sans fondement, pure imagination, conjecture […] ; au plur. δόξαι, imaginations, rêveries ║ II bonne ou mauvaise opinion sur qqn, réputation […] » (Bailly, 1901)

Définition. « Ensemble des opinions communes, croyances établies, idées reçues, ce qui va de soi sans être discuté. On parle aussi de « sens commun ». » (Colloque PB, 2003)

DoxologieDéfinition. « (du gr. doxa, gloire). 1. Christ. Louange à la Trinité. 2. Didact. Enoncé d’une opinion communément admise. » (Le Petit Larousse Illustré 1998) DoxosopheDéfinition. « Personne impliquée dans le champ intellectuel et dont le fonds de commerce est la défense de la doxa (l’opinion commune et dominante). » (Accardo, 2005)Le terme vient d’un article de Bourdieu (1972b). 

Ecole de Chicago Voir « Chicago (école de) »

Ecole de Constance Voir « Constance (école de) »

Effet de troisième personne (concept de W. Phillips Davison)

Définition. Phénomène mis en lumière par Davison (1983) « selon lequel les individus exposés à une communication potentiellement persuasive prédisent un effet plus grand sur les autres, « eux », que sur eux-mêmes ou leurs interlocuteurs, « moi » ou « toi ». » (Le Grignou, 2003, p. 131)

Exemple. Une enquête sur le « Téléthon » met en évidence « une forte correspondance entre la nature des séquences télévisuelles et le volume des appels téléphoniques […]. Il apparaît ainsi que les plages musicales correspondent toutes à une chute importante des appels ; à l’inverse, […] les séquences de sollicitation par l’animateur correspondent à de très fortes pointes du trafic dans la minute qui suit. […] Pourtant, […] les donateurs, contactés par téléphone, refusent de lier leur geste à une sollicitation télévisuelle ; ils rendent compte de leur appel par des motivations antérieures au programme (« ma décision est prise dès l’instant où je sais que l’émission va passer »), ou extérieures à lui (« c’est pas vraiment l’émission qui m’intéresse, c’est la cause qu’elle défend »). Ils ne récusent pas pour autant toute efficacité du programme, et ne nient pas le fait qu’il puisse exercer des « effets forts » mais ces effets s’exercent sur les autres. » (Le Grignou, 2003, p. 131, d’après une étude de Cardon et alii, 1999)

Enquête sociale

Explication. « Au début du [XXe] siècle, les enquêteurs sociaux travaillaient dans les quartiers défavorisés des grandes villes d’Angleterre et d’Amérique du Nord afin d’observer les conditions de vie des nouveaux pauvres issus de l’industrialisation urbaine. Ils présentaient leurs observations sous forme de tableaux statistiques simples sur la consommation alimentaire, l’habillement, les salaires, le logement, la santé et la criminalité. Mais ils décrivaient également leurs observations « intégralement, librement et crûment », selon la formule de Robert Park, dans l’espoir que la prise de conscience de l’opinion publique pourrait changer les choses. […]. Les dix-sept volumes de Charles Booth, La vie et le /p. 271/ travail du peuple de Londres, rendent compte de quelques années d’observation du type de ce que l’on appela pendant plusieurs années « enquête sociale ». Parmi les collaborateurs de Booth figuraient des visiteurs d’écoles, qui allaient de porte en porte pour observer les conditions de vie des gens et pour les interroger. Ils se rendaient également dans les églises, les clubs, les bars, les jardins publics et les monts-de-piété. Ils devinrent familiers des usines, des docks et des autres lieux de travail fréquentés par les pauvres de Londres. […] En France, Le Play avait recueilli auprès de familles des données concernant leurs revenus et leurs dépenses. Dans toutes ces enquêtes, les chercheurs allaient chez les pauvres du monde industriel et urbain pour recueillir des données que l’on ne pouvait pas, à cette époque, trouver dans les recensements effectués par les pouvoirs publics. Dans de nombreux cas, les enquêteurs ont cédé à un sentiment d’humanité et à la curiosité, en notant d’autres informations, et en devenant pratiquement les ethnologues de classes et de groupes sociaux qui n’étaient pas les leurs. [… /p. 272/ …] Bien que les enquêtes sociales n’aient pas été associées en Europe au nom de sociologie, le mouvement d’enquête en Angleterre et en Amérique fut l’un des ingrédients du mélange original que recouvrit ce label. » (Hughes, 1960, 1996, pp. 270-272)

Essentialisation/Essentialisme

L’essentialisation est le fait de regrouper des individus différents dans une même catégorie que l’on suppose homogène. Par exemple, lorsque l’on dit « les femmes » en leur assignant un ensemble de comportements intrinsèques, on leur applique une « essence ». « Tout racisme est un essentialisme », nous dit Bourdieu. (d’après Olivier Vaubourg, 18/05/2004) On peut parler d’« essentialisme biologique » (Cassell, 2000, p. 78).

Espace social

Définition. « représentation multidimensionnelle et relationnelle de la structure sociale selon le volume et la structure du capital (économique/culturel) détenu par les différentes classes sociales en conflit. » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 94)

Ethos ou Éthos Voir aussi « Ethos de classe »

Etymologie. Du grec « ἔθος, εος-ους (τὸ) coutume, usage […] » (Bailly, 1901) ; « habitude ; coutume. » (Georgin, 1961)

Définition. « ensemble des règles et des croyances qui régissent la conduite des membres d’une société, s’oppose à éthique […] qui ne concerne que les règles explicites. » (Mendras, 1975, p. 252)

L’utilisation du concept d’ethos par Bourdieu. « J’ai employé le mot d’ethos, après bien d’autres, par opposition à l’éthique, pour désigner un ensemble objectivement systématique de dispositions à dimension éthique, de principes pratiques (l’éthique étant un système intentionnellement cohérent de principes explicites). Cette distinction est utile, surtout pour contrôler des erreurs pratiques : par exemple, si l’on oublie que nous pouvons avoir des principes à l’état pratique, sans avoir une morale systématique, une éthique, on oublie que, par le seul fait de poser des questions, d’interroger, on oblige les gens à passer de l’ethos à l’éthique ; par le fait de proposer à leur appréciation des normes constituées, verbalisées, on suppose ce passage résolu. Ou, dans un autre sens, on oublie que les gens peuvent se montrer incapables de répondre à des problèmes d’éthique tout en étant capables de répondre en pratique aux situations posant les questions correspondantes. // La notion d’habitus englobe la notion d’ethos, c’est pourquoi j’emploie de moins en moins cette notion. [… En] compartimentant l’habitus en dimensions, ethos, eidos, hexis, on risque de renforcer la vision réaliste qui porte à penser en termes d’instances séparées […]. En outre, tous les principes de choix sont incorporés, devenus postures, dispositions du corps : les /p. 134/ valeurs sont des gestes, des manières de se tenir debout, de marcher, de parler. La force de l’ethos, c’est que c’est une morale devenue hexis, geste, posture. // On voit pourquoi j’en suis venu peu à peu à ne plus utiliser que la notion d’habitus. » (Bourdieu, 1978, pp. 133-134)

Distinction entre eidos et ethos chez Bourdieu. « Les principes pratiques de classement qui sont constitutifs de l’habitus sont indissociablement […] théoriques et pratiques […]. La logique pratique étant tournée vers la pratique, elle engage inévitablement des valeurs. C’est pourquoi j’ai abandonné la distinction à laquelle j’ai dû recourir une fois ou deux, entre eidos comme système de schèmes logiques et ethos comme système des schèmes pratiques, axiologiques […]. » (Bourdieu, 1978, p. 134)

Ethos de classe Voir aussi « Ethos »

Explications (par Bourdieu). « […] Deuxième principe à partir duquel les gens peuvent produire une opinion, ce que j’appelle l’« ethos de classe » […], c’est-à-dire un /p. 228/ système de valeurs implicites que les gens ont intériorisées depuis l’enfance et à partir duquel ils engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents. Les opinions que les gens peuvent échanger à la sortie d’un match de football entre Roubaix et Valenciennes doivent une grande partie de leur cohérence, de leur logique, à l’ethos de classe. » (Bourdieu, 1972a, pp. 227-228)

Étiquetage

Définition. « Terme utilisé par le courant interactionniste. Processus par lequel un individu ou un comportement est désigné comme transgressant une norme sociale. Selon cette perspective, le pouvoir des groupes de statut supérieur est non seulement fondé sur l’usage des formes rudimentaires de coercition, mais aussi sur leurs capacités à produire et à faire appliquer de nouvelles réglementations, à contrôler les représentations existantes, à désigner et éventuellement punir les individus déviants. & Becker Howard, Outsiders. Etudes de sociologie de la déviance, trad. fr., Paris, Métailié, 1985 (1re éd. 1963). » (Ferréol, 2004, article « Étiquetage »)

Exemple 1 : L’étiquetage des individus comme déviants (et ses conséquences). Howard Becker est connu pour avoir développé une « théorie de l’étiquetage » (1973). Son ouvrage de référence en la matière est Outsiders (1963). Il explique comment l’étiquetage d’une personne comme déviante peut la pousser à devenir délinquante : « Traiter une personne qui est déviante sous un rapport comme si elle l’était sous tous les rapports, c’est énoncer une prophétie qui contribue à sa propre réalisation. Ainsi se mettent en branle divers mécanismes qui concourent à modeler la personne sur l’image qu’en ont les autres. D’abord la participation à des groupes plus respectueux des normes conventionnelles tend à devenir impossible […]. Par exemple, l’homosexualité ne modifie pas l’aptitude d’un individu à accomplir un travail de bureau, mais la réputation d’être homosexuel dans un bureau peut empêcher le maintien dans cet emploi. De même, bien que l’effet des drogues opiacées n’altère pas nécessairement les capacités de travail, une réputation de toxicomane a toutes chances de vous faire perdre votre emploi. Dans de telles conditions, il est difficile pour un individu de se conformer aux autres normes, qu’il ne comptait ni ne souhaitait transgresser […]. L’homosexuel qui a été privé d’un emploi “respectable” par la découverte de la déviance peut dériver vers des activités professionnelles non conventionnelles, marginales, où sa déviance a moins de conséquences. Le toxicomane se voit contraint à d’autres types d’activité illégitimes, telles que le vol, parce que les employeurs respectables refusent de l’embaucher ou de lui conserver son emploi. […] Communément considéré comme un individu dépourvu de volonté et incapable de renoncer aux plaisirs coupables de la drogue, le toxicomane est traité par la répression. On lui interdit l’usage de la drogue. Ne pouvant se procurer celle-ci légalement, il doit se la procurer autrement. Ce processus crée un marché clandestin et fait monter le prix des drogues bien au-delà de ce que serait le prix courant sur le marché légal, à un niveau auquel ne peuvent que rarement accéder ceux qui n’ont qu’un salaire ordinaire. Le toxicomane se trouve ainsi placé, en raison même du mode de traitement de sa déviance, dans une position telle qu’il lui faudra probablement recourir à la fraude et au délit pour se procurer sa dose habituelle. Sa conduite résulte moins de propriétés inhérentes à l’action déviante que des réactions d’autrui à sa déviance. » (pp. 57-58)

Exemple 2 : L’étiquetage des élèves par les enseignants (et ses conséquences). Le thème de l’étiquetage à l’école a été développé, en France, par Jean-Pierre Terrail (2002). Le chercheur met en évidence que l’« étiquette » attribuée par les enseignants aux élèves en début d’année scolaire influe sur la réussite de ces derniers : un élève qui aura été étiqueté comme « bon » réussira mieux qu’un élève qui aura été étiqueté comme « mauvais ». Parmi les études sur le sujet, la plus notable est sans doute celle menée par deux chercheurs états-uniens à la fin des années 1960 : « Le phénomène a été mis en évidence aux Etats-Unis par la recherche de Rosenthal et Jacobson [1968], devenue un grand classique de la sociologie de l’éducation. Ces chercheurs ont soumis, en fin d’année scolaire, cinq cents élèves d’une école primaire aux épreuves d’un test d’intelligence. A la rentrée suivante, ils ont communiqué aux enseignants une liste de noms présentés comme ceux des 20% d’élèves ayant le mieux réussi ces épreuves, alors qu’en réalité ces noms avaient été tirés au hasard. Une seconde série de tests à la fin de l’année a permis alors d’établir ce résultat frappant : les élèves sélectionnés ont réalisé de meilleures performances que les autres. Tout s’est passé comme si la conviction qu’ils étaient meilleurs que les autres s’était transmise aux intéressés eux-mêmes. » (p. 86) Cet effet de l’étiquetage des élèves par les enseignants est nommé par Rosenthal et Jacobson l’« effet Pygmalion ». Il est, selon Jean-Pierre Terrail, un des facteurs qui font de l’école « une institution où le principe consistant à donner moins à ceux qui ont le moins s’exerce […] puissamment » (p. 258).

Existentialisme (philosophie)

Explication. « […] Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. […] Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut […], l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. » (Sartre, 1945, pp. 29-30)

Quel intérêt pour la sociologie ? De l’idée que « l’existence précède l’essence » découle l’idée que l’être humain est « tel qu’il se conçoit », qu’il est acteur de sa vie. Sartre formule donc une vision sans doute assez proche de ce que sera l’individualisme méthodologique et, par conséquent, très éloignée de la vision structuraliste (selon laquelle l’être humain n’est pas acteur puisqu’il dépend de structures sociales). L’existentialisme présente donc un intérêt surtout pour les individualistes méthodologiques. Sartre affirme par exemple : « Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. » (idem, p. 31) ; « il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. » (idem, p. 39) ; « quel que soit l’homme qui apparaît, il y a un avenir à faire, un avenir vierge qui l’attend » (idem, p. 40) ; « il n’y a de réalité que dans l’action ; […] l’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie. D’après ceci, nous pouvons comprendre pourquoi notre doctrine fait horreur à un certain nombres de gens. Car souvent ils n’ont qu’une seule manière de supporter leur misère, c’est de penser : “Les circonstances ont été contre moi, je valais beaucoup mieux que ce que j’ai été […]” » (idem, pp. 51-52) ; « si, comme Zola, nous déclarions [que les gens] sont [veules, faibles, lâches ou mauvais] à cause de l’hérédité, à cause de l’action du milieu, de la société, à cause d’un déterminisme organique ou psychologique, les gens seraient rassurés, ils diraient : voilà, nous sommes comme ça, personne ne peut rien y faire ; mais l’existentialiste, lorsqu’il décrit un lâche, dit que ce lâche est responsable de sa lâcheté. […] il est comme ça parce qu’il s’est construit comme lâche par ses actes. » (idem, p. 54).

Féminisme pluraliste (ou « pluralisme féministe » ou « citoyenneté pluraliste » ou « projet pluraliste »)Explications. Le « féminisme pluraliste » est une notion proposée par la politologue danoise Birte Siim et la politologue états-unienne Wendy Sarvasy (Sarvasy, Siim, 1994) pour désigner un « groupe hétérogène d’universitaires » dans lequel elles incluent notamment Anne Phillips (britannique, auteure en 1992 de Engendering democracy). Deux courants féministes ont précédé le féminisme pluraliste. Le premier consistait à revendiquer l’égalité au nom de la commune humanité avec les hommes, c’est-à-dire au nom du fait que femmes et hommes font tous deux partie de l’espèce humaine. La seconde possibilité était, non pas de revendiquer une égalité totale, mais de revendiquer des droits au nom de leurs responsabilités en tant que femmes, c’est-à-dire (notamment) en tant que mères. Dans le féminisme pluraliste, les féministes ne réclament pas l’égalité “en tant qu’être humain” ni “en tant que femmes”, mais elles cherchent à se débarrasser de l’identité (de l’étiquette) du genre afin de recomposer de nouvelles identités “plurielles” « incluant à la fois le genre, la race, la classe, l’ethnicité, la nationalité et l’inclination sexuelle » (Siim, 1997, p. 47). En quelque sorte, la « citoyenneté pluraliste » consiste à « relie[r] l’affirmation de la citoyenneté féminine à celle d’autres groupes opprimés » (idem). Il s’agirait que les « différents groupes sociaux [interagissent] dans le but de transformer les identités de groupe existantes » (idem, p. 49). Le féminisme pluraliste consiste donc en une sorte d’union des différentes minorités afin, d’une part, de faire changer les choses dans la société vers plus d’égalité et, d’autre part, de recomposer les identités (de ne plus être vu seulement comme un groupe de femmes). On peut dire qu’il s’agit d’une sorte d’idéologie « queer » mais plus générale encore. En effet, pour les féministes pluralistes, il faudrait recomposer les identités en incluant non seulement le genre et la sexualité (comme le préconisent les queer), mais également – on l’a dit – « la race, la classe, l’ethnicité [et] la nationalité ». Le féminisme pluralisme prône aussi la démocratie participative. Il est dans la lignée du postmodernisme.  Focus groupDéfinition. « A l’opposé du recueil de données en milieu « naturel », la technique du focus group assume les « artefacts » d’une situation expérimentale. La méthode consiste à réunir un ou, le plus souvent, une série de groupes dont les membres sont conviés à engager une discussion sur un thème, en présence d’un « modérateur ». Elle est d’abord mise en œuvre, dans les années cinquante, par les représentants du courant dominant de la sociologie américaine, qui, tels Lazarsfeld ou Merton, y voient une technique complémentaire ou une étape préalable aux enquêtes quantitatives sur les comportements et motivations des consommateurs (Merton, 1987). Puis la méthode est quasiment abandonnée durant plusieurs décennies, avant d’être réhabilitée dans les années quatre-vingt, d’abord dans les études de marché puis dans les études de publics. » (Le Grignou, 2003, p. 80)Principe d’homogénéité du groupe. « Récusant les visées des études quantitatives, et notamment celle de la généralisation des résultats, les chercheurs rompent délibérément avec la technique de l’échantillon représentatif, pour constituer des groupes présentant une certaine homogénéité (culturelle, sociale, géographique et/ou autre). » (Le Grignou, 2003, p. 81) Par exemple, dans son enquête sur les souvenirs télévisés de la grève des mineurs de 1984-1985, le chercheur britannique Greg Philo (1990) « sélectionne des groupes qui existent antérieurement au projet de recherche, qui lui paraissent les plus « naturellement » aptes à susciter une « conversation » sur la télévision. » (Le Grignou, 2003, p. 83)Utilisation du focus group dans les enquêtes sur le public. « Les recherches contemporaines sur le public […] accordent […] aux méthodes qualitatives et, au focus group en particulier, une place centrale. « Dans ce contexte [écrivent Livingstone et Lunt], le focus group est utilisé […] pour étudier les modalités quotidiennes de construction du sens par les téléspectateurs » (1986, 85). C’est aussi que la méthode n’est pas conçue comme un simple instrument pratique de recueil de plusieurs opinions individuelles, mais comme un processus dynamique, un creuset de relations interpersonnelles, une « simulation approximative des conversations et discussions quotidiennes » (ibid.), qui sont les éléments fondamentaux, routiniers et difficilement accessibles du processus de communication sociale. Cette conception du focus group comme « une stimulation de divers aspects de la communication sociale » est commune à nombre de recherches sur le public. » (Le Grignou, 2003, p. 80) Fonctionnalisme

Selon le fonctionnalisme, un trait culturel ne peut pas être étudié isolément. C’est la relation qu’il entretient avec les éléments constitutifs de l’ensemble culturel qui est important, qui lui donne sens. Par exemple, on ne peut pas comprendre le pacs sans faire le lien avec tout le reste de nos traits culturels : l’ensemble de nos textes juridiques, le fait que l’on soit monogames, etc. Cette démarche est une forme de holisme : pour comprendre un individu, on doit passer par l’étude de tous les champs sociologiques. Bronislaw Malinowski était le principal théoricien du fonctionnalisme. (d’après Lamia Missaoui, 2002/2003)

Guide d’entretien (selon Jean-Pierre Olivier de Sardan)

« Le guide d’entretien organise à l’avance les « questions qu’on pose », et peut dériver vers le questionnaire ou l’interrogatoire. Le canevas d’entretien, lui, relève du « pense-bête » personnel, qui permet, tout en respectant la dynamique propre d’une discussion, de ne pas oublier les thèmes importants. Il en reste aux « questions qu’on se pose », en laissant à l’improvisation et au « métier » le soin de les transformer au fil de l’entretien en « questions qu’on pose ». » (Sardan, 1995, p. 84)

Habitus

Définition 1. « Système des dispositions à percevoir le monde, à sentir, à penser, à agir d’une certaine façon, intériorisées au cours des apprentissages successifs d’un individu (famille, école, travail, etc.), de manière le plus souvent non consciente. Chaque habitus individuel est singulier (car chacun fait un nombre d’expériences sociales, et dans un ordre, qui lui sont propres). Un habitus de classe, ce sont les dispositions tendanciellement communes à une classe d’individus. » (Colloque PB, 2003)

Définition 2. « système de dispositions durables acquis par l’individu au cours du processus de socialisation qui génère et organise les pratiques et les représentations des individus et des groupes. » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 94)

Définition 3. « Terme ancien qu’on trouve chez Aristote. Actuellement utilisé en sociologie dans le cadre du courant animé par Pierre Bourdieu. Désigne le système de dispositions durables acquis par l’individu au cours du processus de socialisation. Se présente à la fois comme le produit agissant de conditions sociales passées et comme principe générateur des pratiques et des représentations permettant à l’individu de construire des stratégies anticipatrices. Selon Bourdieu, cette notion contribue au dépassement de l’opposition entre les points de vue objectiviste et subjectiviste, entre les forces extérieures de la structure sociale et les forces intérieures issues des décisions libres des individus. « Intériorisation de l’extériorité », l’habitus, produit d’un travail d’inculcation et d’incorporation, sert de support à la mise en correspondance des possibilités objectives et des stratégies subjectives, tout en assurant l’indépendance relative des pratiques par rapport aux déterminations extérieures du présent immédiat. Il y aurait alors compatibilité entre l’homogénéisation des pratiques et des représentations à l’intérieur de groupes ou de collectifs soumis à des conditions d’existence semblables et la singularité des trajectoires sociales. » (Ferréol, 1991, 2004, article « habitus »)

Les différentes dimensions de l’habitus (selon Bourdieu). « Dans ses premiers développements, Pierre Bourdieu distinguait trois dimensions majeures du concept : les dispositions corporelles (posturales et gestuelles), qualifiées d’hexis ; les dimensions morales (ou le système de valeurs), qualifiées d’ethos, les dimensions cognitives (ou le système de représentations), qualifiées d’eidos ; et l’on retrouve encore mentionnées la compétence linguistique ainsi que l’aisthesis (dispositions esthétiques ou goût) que Pierre Bourdieu intègre cependant rapidement à l’ethos. Ce dimensionnement tend néanmoins à disparaître au fil de l’œuvre […]. » (Bronckart, Schurmans, 2001, pp. 163-164, souligné par moi, les italiques sont d’origine)

Selon Bourdieu. « Cette notion d’habitus a une longue tradition : la scolastique l’a employée pour traduire l’hexis d’Aristote. (On la trouve chez Durkheim qui, dans L’Evolution pédagogique en France, remarque que l’éducation chrétienne a dû résoudre les problèmes posés par la nécessité de façonner des habitus chrétiens avec une culture païenne ; et aussi chez Mauss, dans le fameux texte sur les techniques du corps. Mais aucun de ces auteurs ne lui fait jouer un rôle décisif). // Pourquoi être allé chercher ce vieux mot ? Parce que cette notion d’habitus permet d’énoncer quelque chose qui s’apparente à ce qu’évoque la notion d’habitude, tout en s’en distinguant sur un point essentiel. L’habitus, comme le mot le dit, c’est ce que l’on a acquis, mais qui s’est incarné de façon durable dans le corps sous forme de dispositions permanentes. […L’]habitus est un capital, mais qui, étant incorporé, se présente sous les dehors de l’innéité. » (Bourdieu, 1978, p. 134)

Selon Marcel Mauss. « […] J’ai donc eu pendant de nombreuses années cette notion de la nature sociale de l’« habitus ». Je vous prie de remarquer que je dis en bon latin, compris en France, « habitus ». Le mot traduit, infiniment mieux qu’« habitude », l’« exis », l’« acquis » et la « faculté » d’Aristote (qui était un psychologue). Il ne désigne pas ces habitudes métaphysiques, cette « mémoire » mystérieuse, sujets de volumes ou de courtes et fameuses thèses. Ces « habitudes » varient non pas simplement avec les individus et leurs imitations, elles varient surtout avec les sociétés, les éducations, les convenances et les modes, les prestiges. » (Mauss, 1934, pp. 368-369)

Quelques considérations sur la “construction” de l’habitus. « Les premières expériences sont les plus déterminantes, elles laissent l’empreinte la plus forte et la plus durable. » Cela dit, l’habitus n’est jamais figé. Il continue à « [se modifier] au fil des expériences qui le constituent, au fil des rencontres et des contacts ». Mais il connaît une certaine inertie : il a tendance « à assurer sa constance et sa défense contre le changement et la remise en question. » Sans compter que « [l]’individu évolue dans un univers propre à renforcer ses dispositions et à les recevoir favorablement. En limitant son exposition à des milieux étrangers, sans forcément en avoir conscience, il évite le contact avec l’information susceptible de mettre en question l’information accumulée qui façonne sa représentation du monde. » (Hilgers, 2006)

Hexis corporelle (nom féminin)

Etymologie. « ἕξιϛ,εως (ἡ) manière d’être, état, d’où : 1 bonne constitution du corps || 2 état ou habitude de l’esprit ou de l’âme || 3 faculté, capacité résultant de l’expérience, expérience [ἔχω] » (Bailly, 1901)

Explication. L’« hexis corporelle » est une notion bourdieusienne. Pour Bourdieu, le corps est social. Suivant la profession qu’on a eue, on aura un rapport différent au corps dans la vie de tous les jours car notre corps a été modelé par notre profession. Par exemple, dans Le bal des célibataires, Bourdieu montre comment certains paysans ne trouvent pas de filles parce qu’ils n’ont pas le bon rapport au corps (à savoir pas un rapport assez urbain au corps). (d’après Béatrice de Gasquet, 25/10/2004)

Définition 1. « Postures, dispositions du corps, rapport au corps, intériorisés inconsciemment par l’individu au cours de son histoire ; l’hexis est une dimension importante de l’habitus. » (Colloque PB, 2003)

Définition 2 (et exemple des hexis corporelles masculine et féminine). « L’hexis corporelle est la mythologie politique réalisée, incorporée, devenue disposition permanente, manière durable de se tenir, de parler, de marcher, et, par là, de sentir et de penser. » (Bourdieu, 1980, p. 117) Bourdieu met en parallèle l’hexis corporelle de l’homme et celle de la femme dans la société kabyle de la fin des années 1950 : « L’homme viril qui va droit au but, sans détours, est aussi celui qui, excluant les regards, les mots, les gestes, les coups tors et retors, fait front et regarde au visage celui qu’il veut accueillir ou vers qui il se dirige ; toujours en alerte, parce que toujours menacé, il ne laisse rien échapper de ce qui se passe autour de lui, un regard perdu en l’air ou rivé au sol étant le fait d’un homme irresponsable, qui n’a rien à craindre parce qu’il est dépourvu de poids au sein de son groupe. Au contraire, on attend de la femme bien élevée, celle qui ne commet aucune inconvenance « ni avec sa tête, ni avec ses mains, ni avec ses pieds », qu’elle aille légèrement courbée, les yeux baissés, se gardant de tout geste, de tout mouvement déplacé du corps, de la tête ou des bras, évitant de regarder rien d’autre que l’endroit où elle posera le pied, surtout s’il arrive qu’elle doive passer devant l’assemblée des hommes […]. » (id., pp. 118-119)

Le processus d’intériorisation de l’hexis dans le monde professionnel. « Pour être en mesure d’utiliser un outil (ou de tenir un poste), […] il faut s’être fait à lui, par une longue utilisation, parfois par un entraînement méthodique, avoir fait siennes les fins qui sont inscrites en lui comme un mode d’emploi tacite, bref, s’être laissé utiliser, voire instrumentaliser, par l’instrument. C’est à cette condition que l’on peut atteindre à la dextérité […] et qui fait que l’on tombe juste sans avoir à calculer, faisant exactement ce qu’il faut, comme il faut et à propos, sans gestes inutiles, avec une économie d’effort et une nécessité à la fois intimement ressenties et perceptibles du dehors. » (Bourdieu, 1997, p. 171)

Hexis corporelles masculine et féminine. « Les injonctions sociales les plus sérieuses s’adressent non à l’intellect mais au corps, traité comme un pense-bête. L’essentiel de l’apprentissage de la masculinité et de la féminité tend à inscrire la différence entre les sexes dans les corps (à travers le vêtement notamment), sous la forme de manières de marcher, de parler, de se tenir, de porter le regard, de s’asseoir, etc. Et les rites d’institution ne sont que la limite de toutes les actions explicites par lesquelles les groupes travaillent à inculquer […] les classements sociaux (la division masculin/féminin, par exemple), à les naturaliser dans les corps, les hexis corporelles, les dispositions, dont on entend qu’elles soient aussi durables que les inscriptions indélébiles du tatouage […]. » (Bourdieu, 1997, p. 169)

Holisme

Définition. « S’oppose à l’individualisme méthodologique. Prédominance du tout sur les parties. Interprétation de nature globalisante. Importance des « effets de système » ou des « déterminations structurelles ». » (Ferréol, 1991, 2004, article « Holisme »)

Le holisme selon Bourdieu. « Samir (élève de Terminale ES) : - On vous présente comme un sociologue « holiste ». Qu’en pensez-vous ? - P. Bourdieu : D’abord ce mot “holiste” ne veut pas dire grand chose. Il vient du grec holos qui veut dire tout, totalité. C’est un mot qu’un certain nombre de gens parmi les économistes et les sociologues opposent au concept « individualiste ». En général, « holiste » est un mauvais mot, une insulte. C’est au fond tout ce que les économistes néoclassiques n’aiment pas. Le « holiste » par excellence, pour eux, c’est Marx, leur bête noire. Les gens qu’on met dans cette case expliqueraient les phénomènes sociaux comme une totalité par opposition à ceux qui partent des individus. C’est une opposition qui n’a pour moi aucun sens comme l’opposition entre individu et société. Elle est partout, sert de sujet de dissertation mais elle ne veut strictement rien dire dans la mesure où chaque individu est une société devenue individuelle, une société qui est individualisée par le fait qu’elle est portée par un corps, un corps qui est individuel. Même un individu économique est un être, un sujet collectif : qu’il soit un citoyen quelconque qui va faire son marché ou un entrepreneur, il a une tête collective, un langage collectif. Ce qui est embêtant, c’est que ce genre d’oppositions archi-fausses existent, continuent à circuler et à retarder la recherche. » (Bourdieu, 2002, p. 21)

Homo œconomicus

Explication. « Tout d’abord, l’individu rationnel, ou homo œconomicus, est égoïste : il tient compte uniquement de son propre intérêt. Il constitue en outre une unité de décision autonome : son comportement n’est pas déterminé par les habitudes sociales consciemment ou inconsciemment assimilées. Son comportement est défini indépendamment de toute contrainte macrosociale. La définition de la rationalité est donc ahistorique. Enfin, l’individu rationnel est maximisateur, il effectue des choix qui maximisent sa satisfaction. » (Cahuc, 1993, p. 6)

Homo sociologicus intentionnel

Définition (selon Boudon). L’homo sociologicus intentionnel est un acteur « doté d’un ensemble de préférences, cherchant des moyens acceptables de réaliser ses objectifs, plus ou moins conscient du degré de contrôle dont il dispose sur les éléments de la situation dans laquelle il se trouve (conscient en d’autres termes des contraintes structurelles qui limitent ses possibilités d’action), agissant en fonction d’une information limitée et dans une situation d’incertitude… [Il] peut être caractérisé comme doté d’une rationalité limitée. » (Boudon, 1989, p. 188)

HomogamieDéfinition. L’« homogamie » est une tendance statistiquement établie selon laquelle les individus choisissent des conjoints aux caractéristiques sociales proches des leurs. L’homogamie dont on parle le plus souvent est sociale. Mais on peut aussi parler d’homogamie religieuse, géographique, etc. (d’après Jérôme Deauvieau, 2002/2003)

Explication de l’homogamie. « […] les gens qui se situent en haut de l’espace [social] ont peu de chances de se marier avec des gens qui sont situés vers le bas, d’abord parce qu’ils ont peu de chances de les rencontrer physiquement (sinon dans ce que l’on appelle des « mauvais lieux », c’est-à-dire au prix d’une transgression des limites sociales qui viennent redoubler les distances spatiales) ; ensuite, parce que s’ils les rencontrent en passant, à l’occasion et comme par accident, ils ne « s’entendront pas », ils ne se comprendront pas vraiment et ils ne se plairont pas mutuellement. Au contraire, la proximité dans l’espace social prédispose au rapprochement : les gens inscrits dans un secteur restreint de l’espace [social] seront à la fois plus proches (par leur propriétés et leurs dispositions, leurs goûts) et plus enclins à se rapprocher […]. » (Bourdieu, 1989, p. 26)

Homophilie

« une relation [a] plus de chances d’exister entre des personnes ayant des statuts biographiques et sociaux peu différents : la proximité sociale facilite souvent ces relations […]. Ce principe très général [s’appelle] homophilie […] » (Spencer, 1993, pp. 1461-1462)

® On peut parler par exemple d’« homophilie professionnelle » (id., p. 1471)

Hughes (Everett)

Quelques éléments épars. « 1930 marque un tournant dans l’histoire de l’école de Chicago avec de nouveaux sociologues comme Blumer et Hughes. Alors que l’école avait jusque là privilégié une approche souvent holiste, elle évolue désormais vers une vision plus individualiste. Il se dégage en fait deux courants principaux : l’un se situe dans le prolongement de la première période de l’école c’est-à-dire “l’étiquetage des populations” tandis que l’autre se tourne vers ce que l’on nommera l’ethnométhodologie » (Fisseau, Hupin, non daté). Ainsi, Hughes explique-t-il : « A mon arrivée à l’Université de Chicago, en 1938, mes collègues me confièrent un cours d’introduction à la sociologie. Ce cours était principalement suivi par de jeunes étudiants qui avaient fait au moins deux ans de sciences sociales au college de l’Université de Chicago. […] la plupart d’entre eux n’avaient pas encore atteint ce niveau de formation qui permet d’établir un lien entre les grandes et les petites choses. Ils aimaient que tout soit grand – les événements comme les idées. Ils avaient tendance à prendre à la légère les petites observations qui cependant, accumulées, constituent les preuves sur lesquelles sont construites les théories de la culture et de la société. Pour la majorité d’entre eux, l’existence ordinaire semblait banale, trivial, et souvent triste. » (Hughes, 1960, pp. 268-269, souligné par moi)

Hystérésis

Définition. « Hystérésis (de l’habitus). Du grec husterein : être en retard. Idée de décalage (lorsque, par exemple, les structures sociales changent et ne sont plus conformes à celles qui ont été intériorisées lors de la formation de l’habitus). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 94)

Incidence (en sociologie de la déviance, dans les enquêtes de victimation)

Définition du taux d’incidence. « Le taux d’incidence mesure le nombre de faits subis pour 100 répondants au cours de la période de référence ; il s’obtient en multipliant le taux de prévalence par la multivictimation. » (Robert et alii, 1999, p. 259, note 12)

Définition du taux d’incidence apparente. « Quand le taux d’incidence est multiplié par le taux de plainte [proportion de victimes disant avoir déposé plainte], on obtient le taux d’incidence apparente, celle dont les autorités peuvent avoir connaissance par l’effet des plaintes que les victimes disent avoir déposées. » (Robert et alii, 1999, p. 259, note 12)

Indicateur

Lorsque l’on fait des recherches quantitatives (par exemple des enquêtes par questionnaire), on utilise des indicateurs. Un indicateur est un “instrument de mesure” (donc quelque chose de “quantifiable”) auquel le chercheur a recours pour essayer de comprendre un phénomène qui n’est pas “quantifiable” en lui-même. Par exemple, comme indicateur de la richesse (qui est un concept vague, non directement quantifiable), on peut prendre le revenu (mais on pourrait aussi en choisir d’autres comme le patrimoine, ou bien une combinaison du revenu et du patrimoine…). Dans le film La sociologie est un sport de combat (documentaire de Pierre Carles sur Pierre Bourdieu), on voit une séquence au cours de laquelle plusieurs sociologues cherchent à déterminer les indicateurs de l’état d’avancement du libéralisme dans un pays. Parmi ces indicateurs, ils citent le pourcentage d’entreprises privatisées, etc. Si je me souviens bien, ils plaisantent aussi en parlant d’indicateurs du type “Mc Do” ou “Mickey” [A VOIR]. Ils veulent dire par là que, plus un pays a d’entreprises utilisant une main d’œuvre précaire, plus cela montre que le pays est dans un stade avancé de libéralisme.

Individualisme méthodologiqueL’individualisme méthodologique est un courant né dans le milieu des années 1970, par opposition au structuralisme. Il est porté notamment par Raymond Boudon. L’article fondateur a été écrit par François Bourricaud. Selon cette théorie, contrairement au structuralisme, l’acteur individuel a la possibilité d’avoir une action indépendante par rapport aux structures. Selon Raymond Boudon ce sont les comportements individuels qui s’agrègent pour créer des comportements que l’on peut qualifier de collectifs. Par exemple, à partir des années 1970, il y a eu une augmentation du nombre de naissances hors mariage. Elles ont d’abord été le fait d’hommes et de femmes assez isolés. Petit à petit, ces cas isolés se sont agrégés et c’est devenu un phénomène collectif. Aujourd’hui, en France, près de 50% des naissances se font hors mariage. Le phénomène est entré dans les normes. (d’après Catherine Delcroix, 11/10/2004) 

Induction

L’induction. Un sociologue a une démarche inductive lorsqu’il part de l’observation pour aller vers la classification et l’abstraction. L’induction est donc le passage du concret à l’abstrait. Max Weber, en construisant un idéal-type à partir de ses observations, procédait par induction. Marcel Mauss procédait également par induction.

La déduction. Un sociologue a une démarche (hypothético-)déductive lorsqu’il part d’hypothèses pour, ensuite, vérifier leur validité dans la réalité. La déduction est donc le passage de l’abstrait au concret. Durkheim procédait par déduction. Par exemple, après avoir supposé que le sexe influait sur le taux de suicide, il avait cherché à le vérifier grâce aux statistiques. (d’après Olivier Vaubourg, 09/03/2004)

Induction analytique

Explication. « Cette méthode [de l’induction analytique] exige que chaque cas recueilli dans l’enquête confirme l’hypothèse. Si le chercheur rencontre un cas qui ne la confirme pas, il doit reformuler l’hypothèse pour qu’elle concorde avec le cas qui a infirmé l’idée initiale. » (Becker, 1963, p. 67)

Interaction

Définition 1. « processus interpersonnel fondamental où les sujets en contact modifient temporairement leur comportement les uns vis-à-vis des autres par une stimulation réciproque continue pour la durée du contact, quelle que soit la nature du comportement et les modifications qu’il présente » (Lempereur, Thines, 1975 ; cité in Debuyst, 2002, p. 139)

Définition 2. « interrelation (relationship) entre deux (ou plus de deux) systèmes, personnes ou groupes dont résulte une influence réciproque » (Corsini, 1999 ; cité in Debuyst, 2002, p. 139)

Interactionnisme symbolique

Définition. Courant de pensée sociologique états-unien faisant partie de la seconde Ecole de Chicago et s’étant développé à partir de la fin des années 1960. L’idée principale de l’interactionnisme symbolique est que la réalité sociale ne s’impose pas telle quelle aux individus ou aux groupes, mais qu’elle est en permanence modelée et reconstruite par eux à travers les processus d’interaction.

L’inspirateur du mouvement. Herbert Mead, la psychologie sociale et la notion de « rôles sociaux ». Même si ce n’est pas lui qui lui donne son nom, on peut dire que le grand inspirateur de l’interactionnisme symbolique est (George) Herbert Mead (1863-1931). Il institue les premiers liens entre la psychologie et la sociologie, donnant lieu à la création de la psychologie sociale de l’École de Chicago. Mead est l’un des premiers à faire la synthèse entre les approches macrosociologique et microsociologique. Il est aussi le premier à introduire la notion de « rôles sociaux » (« role-taking ») comme concept central de son approche : « Les types de relations que nous entretenons varient suivant les différents individus ; nous sommes une chose pour un homme, et une autre pour un autre. […] Nous nous scindons ainsi en toutes sortes de différents soi suivant nos amis. Nous discutons politique avec l’un et religion avec l’autre. Il existe une grande diversité de soi correspondant aux différentes réactions sociales. » (Mead Herbert, Mind, self and society, 1934, trad. fr. : L’esprit, le soi et la société, Paris, PUF, 1963)

Le fondateur du mouvement : Herbert Blumer. Herbert (George) Blumer (1901-1987) est celui qui, s’inspirant de Mead, a véritablement fondé l’interactionnisme symbolique. Il est l’auteur, en 1969, de Symbolic interactionism : perspective and method.

Erving Goffman et la théorie des rôles sociaux. Erving Goffman (1922-1982) avait suivi les cours de Herbert Blumer. Il a développé une théorie des rôles sociaux à partir des travaux de Mead, notamment en publiant, The Presentation of self in everyday life (1959) et Relations in public (1971), traduits en français en 1973, sous le titre La mise en scène de la vie quotidienne.

Jeux (théorie des) ou théorie mathématique de la décision ou praxéologie mathématique

Définition. « Branche des mathématiques qui étudie des situations de conflit en élaborant des modèles dans lesquels les règles sont fixées, ce qui permet de prédire les conséquences des choix des joueurs. On distingue les jeux à somme nulle, dans lesquels ce qu’un des joueurs perd, l’autre le gagne, des jeux pluriels, pour lesquels il peut y avoir une conciliation d’intérêts entre les joueurs. Von Neumann a démontré qu’il existe, dans le cas d’un jeu de deux joueurs à somme nulle, une solution optimale pour les deux joueurs appelée mini-max. La rigueur logique et l’élégance des démonstrations faites à partir de la théorie des jeux ont tenté quelques sociologues mais les économistes l’utilisent plus volontiers. Bibl. compl. [Raymond] Boudon 1979 [La logique du social], [Kenneth E.] Boulding 1962 [Conflict and defense, a general theory], [Thomas C.] Schelling 1960 [The strategy of conflict]. » (Gresle et alii, 1994)

Qui est à l’origine de la théorie des jeux ? La théorie des jeux utilisée en sciences sociales s’inspire de recherches en mathématiques et, plus précisément, en statistiques. Le Dictionnaire de sociologie (Akoun, Ansart, 1999) fait la distinction entre les jeux de hasard (type loterie) et les jeux de décision (échecs, poker…).  La « théorie des jeux de hasard pur » naît avec l’invention du calcul de probabilités aux XVIe et XVIIe siècles (Cardan, Pascal, Fermat, Huygens). A la fin du XVIIe siècle, Bernouilli met en évidence la « loi des grands nombres ». Les méthodes statistiques utilisées au XXe siècle en sciences sociales dérivent de ces recherches. ‚ Les jeux de décision. Hormis les jeux de hasard, il y a aussi « ceux où intervient […] l’habileté des joueurs, leurs tactiques et leurs ruses pour parvenir à leurs fins, et l’interaction entre les décisions prises par les uns et les autres. » L’étude mathématique de ces jeux « est esquissée dès le début du XVIIIe siècle. […] Mais ce n’est qu’au XXe siècle que les mathématiques de la décision prennent vraiment corps. […] Les travaux précurseurs sont ceux d’Ernst Zermelo sur le jeu des échecs (1911), d’Emile Borel sur la catégorie étendue des jeux dits à information parfaite […] (1921), et ceux de Neumann dès 1928. Mais ce n’est qu’en 1944 que ce dernier publie avec Morgenstern l’ouvrage considéré comme fondateur Theory of Games and Economic Behavior. La date de 1944 n’est pas fortuite. C’est l’époque de la guerre mondiale, celle où il est vital pour les dirigeants civils et militaires […] de rationaliser les décisions de toute sorte à prendre pour la logistique et la conduite des opérations […]. L’œuvre de von Neumann et Morgenstern a eu une influence considérable : la théorie économique (macroéconomie) en a été renouvelée […] ; dans la gestion des entreprises (microéconomie), ce fut l’essor de la recherche opérationnelle […]. » (Akoun, Ansart, 1999)

Quelle application dans les sciences sociales ? « Dans les sciences sociales […] (sociologie, anthropologie, psychologie sociale), les « retombées » de la théorie des jeux ont été bien plus modestes [qu’en économie]. Il y eut, dans les années 50 et au début des années 60, de grands espoirs, en psychologie sociale notamment, mais fondés sur un malentendu […]. La théorie, en effet, n’est pas descriptive des comportements des joueurs, mais essentiellement normative. Elle sert à rationaliser et à éclairer les choix de celui qui doit décider. » (Notons que l’article sur la « théorie des jeux » du Dictionnaire de sociologie ne mentionne pas la reprise de cette théorie par les individualistes méthodologiques. Cf. ci-dessous.)

Selon les individualistes méthodologiques. En 1975, dans l’article fondateur de l’individualisme méthodologique, François Bourricaud critiquait le fait que, dans la théorie des jeux, l’individu est « complètement informé, totalement cohérent dans ses préférences, assuré dans ses prévisions » (Bourricaud, 1975, p. 596). Cela dit, par la suite, son collègue Raymond Boudon, chef de file des individualistes méthodologiques, a eu recours à cette théorie, notamment dans La logique du social (1979, pp. 64-74), et a ainsi contribué à la populariser en France. Il précisait toutefois que la théorie des jeux n’était pas utilisable en toute circonstance.

Kardiner (Abraham)

« Psychanalyste et ethnologue américain (New York, 1891). Psychiatre, acquis à la psychanalyse, il s’orienta vers l’ethnologie. En collaboration avec R. Linton, il formula sa théorie de la « personnalité de base », type moyen de personnalité, caractérisant les individus d’une société, déterminé par les institutions primaires (organisation familiale, système de subsistance, d’éducation, etc.) et s’exprimant dans les institutions secondaires [mythes, religion, etc.] (The Individual and his Society, 1939 ; The Psychological Frontiers of Society, 1945, avec R. Linton). […] L’œuvre de Kardiner constitue un des principaux efforts de rapprochement entre la psychanalyse et l’anthropologie culturelle (Introduction à l’ethnologie, 1961 ; trad. fr., 1966). » (Le petit Robert 2, 1984)

Lazarsfeld (Paul Félix)

·         « Lazarsfeld (Paul Félix). Sociologue et statisticien américain d’origine autrichienne (Vienne, 1901). Il s’est efforcé de définir les concepts fondamentaux des sciences sociales, dont il a formulé les principes méthodologiques et qu’il a orientés dans le sens de la formalisation mathématique. Il a notamment mis au point une technique mathématique complexe pour l’étude des composantes d’une attitude (analyse de la structure latente, Latent Structure Analysis, 1959). Son principal ouvrage, The Language of social Research (avec Morris Rosenberg, 1955) a été traduit et adapté en français par M. Boudon sous le titre Vocabulaire des sciences sociales, L’Analyse empirique de la causalité, L’Analyse des processus sociaux (3 vol.). » (Robert 2, 1984)

·         « Lazarsfeld (Paul Félix), Vienne 1901 - New York 1976, sociologue et statisticien américain d’origine autrichienne. Il s’est intéressé à la méthodologie des sciences sociales, aux communications de masse et au comportement électoral (Philosophie des sciences sociales, 1970). » (Le petit Larousse Illustré, 1997)

Lectant et lisant (selon le théoricien de la lecture Vincent Jouve)

« Le lisant est cette part du lecteur piégée par l’illusion référentielle qui considère, le temps de la lecture, le monde du texte comme un monde existant », il « croit » pour un moment à ce qu’on lui raconte. Le « lectant », quant à lui, « garde toujours à l’esprit que le texte est d’abord une construction » (Jouve, 1993, pp. 35-36 ; cité in Le Grignou, 2003, p. 91)

Locus of control

Il s’agit de « l’auto-perception de la capacité individuelle à maîtriser le cours des événements » (Spencer, 1993, pp. 1512)

Linton (Ralph)

« Ethnologue américain (Philadelphie, 1893 - New Haven, Connecticut, 1953). Il a étudié le problème des relations entre l’homme et son milieu culturel, de la transmission culturelle et du mécanisme de l’emprunt (phénomène d’acculturation). En collaboration avec A. Kardiner, il formula et développa la théorie de la « personnalité de base » (The Study of Man, 1936 ; Le Fondement culturel de la personnalité, 1945 – trad. fr., 1959). » (Le petit Robert 2, 1984)

Lisant Voir « Lectant »

Liu (Michel) (sociologie des organisations)

Michel Liu (prononcer [liu]) est professeur des universités en sociologie à l’Université Paris 9 Dauphine. De 1991 à 2000, il a été directeur du Centre d’Etude et de Recherche en Sociologie des Organisations (CERSO). Il explique sa perspective de recherche de la manière suivante : « Les organisations ont été étudiées jusqu’à maintenant de manière statique, à travers leurs structures ou leurs états, il est nécessaire de les étudier dans leur dynamique, c’est-à-dire se poser la question des raisons de leur fonctionnement et de leurs évolutions. La dynamique d’une organisation se manifeste par les transformations de sa culture, qu’il faut donc pouvoir étudier. L’étude des cultures requiert une méthodologie différente de celles qui sont actuellement en usage en sociologie. Il s’avère nécessaire de fonder cette méthodologie en clarifiant son épistémologie. Ce programme de recherche articule donc les trois axes précités : la dynamique des organisations, l’étude des cultures et l’épistémologie des sciences sociales. » Il a publié Approche sociotechnique de l’organisation (1983) et Fondements et pratiques de la recherche-action (1997).

(Source : http://www.dauphine.fr/cerso/Membres/Liu.html, 2005)

Malthusianisme

Définition. « Doctrine qui, à l’origine (Thomas Malthus, 1798), préconisait la limitation des naissances par la contrainte morale, afin de remédier au danger de la surpopulation. Se réfère, de nos jours, aux pratiques anticonceptionnelles. Plus généralement, synonyme de restriction ou de numerus clausus. » (Ferréol, 1991, 2004, article « Malthusianisme »)

Explication par John K. Galbraith. « En 1830, une nouvelle formule, toujours d’actualité, fut proposée pour évacuer la pauvreté de la conscience publique. Elle est associée aux noms du financier David Ricardo (1772-1823) et du pasteur anglican Thomas Robert Malthus (1766-1834) : si les pauvres sont pauvres, c’est leur faute – cela tient à leur fécondité excessive. Leur intempérance sexuelle les a conduits à proliférer jusqu’aux limites des ressources disponibles. Pour le malthusianisme, la pauvreté ayant sa cause dans le lit, les riches ne sont pas responsables de sa création ou de sa diminution. » (Galbraith, 1985)

Marché primaire et marché secondaire

Définition 1. « Segment primaire et segment secondaire définissent chacun des emplois très typés : garanties et stabilité, d’un côté ; précarisation et risques d’exclusion, de l’autre. // Le marché primaire peut être lui-même subdivisé en deux grandes parties. La première, qualifiée de « supérieure », désigne des postes à responsabilité, fortement rémunérés, mais dont les titulaires (dirigeants ou cadres supérieurs, par exemple) demeurent sous la menace de la concurrence. La seconde composante, dite « inférieure », se rapporte à des tâches relativement standardisées. Initiative et autonomie restent limitées, mais la carrière est assurée (cas des ouvriers professionnels). Bien qu’utile, cette classification demeure très discutable car les critères sur lesquels elle s’appuie sont tout à la fois imprécis et peu adaptés aux comparaisons sur longue période.

Marchés primaire et secondaire
Caractéristiques Marché primaire Marché secondaire

Durée du travail

Temps plein

Temps partiel ou CDD*

Salaires

Elevés

Faibles ; salaire minimum

Avantages sociaux

Importants

Aucun ou peu

Conditions de travail

Bonnes

Mauvaises

Sécurité de l’emploi

Assurée

Aucune

Stabilité de l’emploi

Grande

Faible (+ risque chômage)

Contrôle du travail

Faible

Grand

Syndicalisation

Fréquente

Rare

Possibilités de promotion

Fortes

Faibles

Possibilités de formation

Fortes

Faibles

*CDD = contrat à durée déterminée, travail « occasionnel », etc.

(Source : D.-G., Tremblay, Economie du travail, Québec, Ed. Saint-Martin, 1990, p. 458.) » (Ferréol, 1991, 2004, article « Marché primaire et marché secondaire »)

Définition 2. « Le marché primaire offre des emplois possédant plusieurs des caractéristiques suivantes : salaires élevés, bonnes conditions de travail, stabilité et sécurité de l’emploi, administration juste et équitable des normes de travail et possibilités de promotion. Les emplois du marché secondaire sont, de toute évidence, moins attrayants que ceux du marché primaire. Ils sont généralement moins bien rémunérés, offrent des conditions de travail peu avantageuses, une instabilité de l’emploi, une discipline sévère et souvent arbitraire et peu de possibilités de promotion. Les pauvres sont enfermés dans le marché secondaire. » (Piore, 1970, pp. 55-56)

Marqueur

Explications d’Erving Goffman. « Lorsqu’un possesseur putatif revendique une réserve [« 2. Dr. Ce qui est réservé à quelqu’un ; ce qu’une personne s’est réservé. » (Robert 1)], il le fait savoir par un signe que, pour suivre la pratique des éthologistes nous pouvons nommer un « marqueur » [note de bas de page : On trouve un des premiers emplois sociologiques de ce terme chez Robert Sommer, dans « Sociofugal Space », American Journal of Sociology, DXXII, n°6, 1967, p.654-660.]. // Les marqueurs sont de divers types. Il y a les « marqueurs centraux », objets placés au centre du territoire dont ils annoncent la revendication : des lunettes de soleil et un flacon de lotion sur un fauteuil de plage, un sac à main sur un siège d’avion, un verre sur le bar pour réclamer le tabouret le plus proche ou des jetons sur une table de passe anglaise pour revendiquer une case et le droit exclusif qu’a le meneur de jeu de parier sur elle. // Il y a les « marqueurs frontières », objets qui marquent la ligne qui sépare deux territoires adjacents. La barre employée sur les comptoirs de supermarchés pour séparer les achats de deux clients successifs en est un exemple ; de même l’accoudoir commun entre deux fauteuils de cinéma. […] // Il y a (si je puis employer cette expression) des « marqueurs signets » signatures incrustés dans un objet qui le revendiquent comme partie du territoire des possessions du signataire. Ce sont, par exemple, les noms gravés au feu sur les équipements de sport, le bétail et les esclaves, ou les chiffres inscrits en ronde-bosse sur les carters de moteurs. [… /p. 56/ …] Les mots peuvent eux aussi faire office de marqueurs : quand, par exemple, ils servent à dissuader quelqu’un de s’approcher de la place que l’on revendique. De même, la main ou le pied en contact avec une personne peuvent faire fonction de « marqueur de relation », de jalon délimitant la relation. […] » (Goffman, 1959, 1973, pp. 55-56, souligné par moi)

Marqueur social Mead (George Herbert)

« Philosophe et sociologue américain (South Hadley, Massachusetts, 1863 - Chicago, 1931). Comme J. Dewey, dont il fut l’ami, il a développé une philosophie d’inspiration pragmatiste et a élaboré une conception naturaliste (initialement behavioriste) des mécanismes psychosociologiques, insistant plus particulièrement sur le développement du langage et de la pensée (La Philosophie du présent, 1932 ; L’Esprit, le Moi et la Société, 1934 ; La Philosophie de l’acte, 1938). » (Le petit Robert 2, 1984)

Mead (Margaret)

« Anthropologue américaine (Philadelphie, 1901-New York, 1978). Ses enquêtes ethnographiques portèrent sur les sociétés des îles Samoa, de la Nouvelle-Guinée, de Bali, etc. Influencée par la théorie psychanalytique (V. Freud), elle a étudié les relations entre la structure familiale et la psychologie de l’enfant, le problème de l’intégration de l’individu dans la société et en particulier les rites initiatiques de passage à la fin de l’adolescence. (Coming of age in Samoa, 1927 ; From the South Seas, 1939, et, en collaboration avec Bateson, Balinese Character, 1942.) » (Le petit Robert 2, 1984)

Merton (Robert King)

« Philadelphie 1910, sociologue américain. Sa théorie, le fonctionnalisme structuraliste, voit dans les comportements la résultante des informations et des motivations induites par la structure sociale (Eléments de théorie et de méthode sociologiques, 1949). » (Le petit Larousse Illustré, 1997)

Microculture (sociologie des organisations)

Explication. Michel Liu, sociologue des organisations, est l’auteur du concept de microculture. Il a étudié les cultures typiques d’atelier (1981). Il a par exemple observé un groupe d’ouvrières spécialisées soumises à des contraintes fortes qui étaient à la fois des contraintes technologiques (soulever des presses très lourdes) et organisationnelles. Pour faire face à ces deux types de contraintes, le groupe des ouvrières adopte des normes de conduites spécifiques qui s’imposent au groupe pour régir sa vie : c’est la « microculture ». La microculture comporte des droits, des devoirs et des savoirs que chacun des membres du groupe doit intégrer. Par exemple, dans ses observations, Liu note une attitude relationnelle particulière qui consiste à accueillir assez froidement les nouveaux entrants. Il s’agit de les mettre à l’épreuve en leur montrant combien le milieu est hostile, de tester leur résistance afin de déterminer s’ils pourront s’intégrer durablement au groupe. Ce n’est que lorsque la personne aura adopté les valeurs spécifiques au groupe qu’elle sera parfaitement intégrée. La microculture résulte donc d’une invention des individus placés dans une situation donnée avec des contraintes particulières. En inventant des conduites spécifiques, ils permettent d’assurer le fonctionnement au quotidien du groupe. Ce fonctionnement n’est pas forcément optimal. Mais les membres du groupe ne peuvent pas facilement le modifier car la culture d’un groupe est quelque chose de durable. (Source : cours de « sociologie des organisations » de Christelle Salles, 2004/2005)

Définition. La microculture est l’invention de savoir-faire et de conduite par les individus placés dans une structure donnée avec des contraintes particulières. Elle présente un certain nombre de caractéristiques :

Caractéristiquesde la microculture

Les principaux auteurs ayant écrit sur la microculture sont :

·         Michel Liu (1981),

·         Emmanuelle Reynaud (1982 ; elle a étudié le rôle de la microculture dans la constitution des identités collectives).

(Source : cours de Moufida Oughabi, 2004/2005)

Mobilité (sociale, professionnelle, intragénérationnelle, intergénérationnelle)Mobilité professionnelle. Mobilité sociale (ascendante ou descendante). Explication. « […] dans notre société, plusieurs individus changent d’emploi au cours de leur vie. Un professeur au C